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10/02/2006

MANADE LAURENT : HOMMAGE A TIGRE

TIGRE, RESTAURE, TRONE
A NOUVEAU AU MUSEE DE MARSILLARGUES

 

f7d1ffe0f20601adde368346c51ff18e.jpgUne des qualités des gens de bouvine est leur extraordinaire attachement  au passé. Ils ont aimé des taureaux, des raseteurs, des manadiers… et leur fidélité à leur égard ne se dément pas avec les années. Au contraire, les souvenirs patinés par les ans, enjolivés par les légendes qui se créent, nimbés du halo de la mémoire sélective, s'entretiennent, se cultivent et se transmettent.

A Marsillargues, les Amis du Musée, depuis 1949, recueillent patiemment les témoignages de la vie et de l'art populaires, petits et grands. Une salle y est dédiée à  la  culture du taureau. Costumes, tableaux, affiches, outils, etc. Et dans ce cocon, végétait le grand cocardier Tigre de la manade Laurent, empaillé, après sa mort en 1974, par Marcel Guillermet et Maurice Brioude.

Une des chevilles ouvrières des Amis du Musée, Noël Daniele (ancien raseteur, tourneur, ex-président des Amis du Musée), préoccupé du vieillissement de l'animal a remué ciel et terre pour le sauver.

7e34dadb30c752b24c2d07198f13a225.jpgEt ces jours-ci, Tigre a été pris en main, notamment par Luc Mézy, ancien raseteur, taxidermiste. Le spécialiste a nettoyé, rapetassé, remis des poils, de la couleur, rajeunit le regard, les naseaux, raffermi le socle, consolidé les sabots. Le fier cocardier, Bioù d'Or en 1959 et 1960, encocardé et porteur de sa devise - blanc, rouge et vert – avec ses bannes impressionnantes, est prêt, à nouveau, à défier le temps.

Noël Daniele caresse avec émotion le robe grise de Tigre : "C'était un grand cocardier, on ne pouvait le laisser mourir à nouveau sans rien faire".

Les grands cocardiers ne meurent jamais – dit-on – et ce sera vrai tant qu'il y aura des hommes pour conserver leur mémoire et transmettre leur fe.


*Le Musée est ouvert le mercredi de 15 h à 18 h, 2 euros gratuit pour les enfants.

  

TIGRE : SA VIE, SA CARRIERE

Il naît en avril 1952 aux Marquises, d'une vache d'origine Baroncellienne Joliette. C'est un des grands descendants de Vovo. Il débute en piste au Cailar en juillet 1955. En 1956, 1957 et surtout 1958, ses prestations à Remoulins, au Cailar, Orange, Bellegarde le font remarquer. Ses enfermées puissantes et ses grandes envolées au-dessus des barrières en font un fer de lance de la manale Laurent.

Les raseteurs associés à son nom sont des figures : Falomir, Soler, Pascal, Canto, San Juan.

1959 est l'année de sa consécration. Il court à Lunel, Châteaurenard, Arles, Beaucaire. Il est élu Bioù d'Or à Arles. 1960 sera aussi triomphale : Arles, Nîmes, Mouriès et le titre à Nîmes. Il court avec la Royale composée de Trompeur, Rascaillon, Bechet, Caraque, Teflon. En 62 et 63, il fait encore partie de la grande Royale avec Pascalon, Ramoneur, Bechet, Pirate, Caraque. Il terminera sa carrière en 1964 à Nïmes.

Tigre vivra tranquille dans les prés des Marquises jusqu'en 1974, sa robe devenant gris-blanc au fil des années.

 

 Martine ALIAGA

Photos Luc PERO 

*Sources :" Le Taureau de Camargue" de René Baranger.