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08/08/2009

PYTHAGORE OU LA REVANCHE DU VILAIN

PYTHAGORE3.jpgDans les grands classeurs de Pierre, toutes les sorties des cocardiers de la manade Cuillé sont consignées. Et quand on évoque Pythagore, c’est avec bonheur qu’il feuillette les pages à la recherche des 65 courses de ce taureau pas comme les autres. Pas comme les autres ? C’est rien de le dire… il n’y a qu’à le regarder. Une grosse carcasse un rien déguingandée et cette corne droite cassée déviée vers l’œil, l’autre restant dressée. Pas vraiment un éphèbe le biòu !
« Il a été victime des méthodes modernes… le passage au couloir de contention, c’est là qu’il s’est cassé la corne, lors de sa première vaccination, en 1992 », explique Pierre Cuillé. Pourtant dès ses premiers pas dans une piste, en 1994 – aux arènes d’Aigues-Mortes aujourd’hui disparues – « il a marqué mon esprit, c’était un volcan, un hystérique». Vu son physique disgracieux, « on avait un peu honte de le sortir, avoue son propriétaire, les gens rigolaient quand il entrait en piste, en plus il sautait partout, se montrait brouillon… mais toujours avec plus d’envie de se battre que les autres ».
L’heure de la revanche allait bientôt sonner pour ce biòu si laid et si fantasque. En 1997, à Montfrin, « il exécute une course terrible… après, il n’a plus été irrégulier, cela a été le déclic ». Dès lors, le vilain ne sera plus moqué. A la force de son caractère violent et explosif et de son terrible punch, il va gagner sa place dans les grands rendez-vous où ses terribles coups de barrière et ses poursuites au-delà des planches après les raseteurs ou les spectateurs font vibrer le public.
P & R.jpgMéchant, hargneux, bagarreur, « chaque fois qu’il a blessé quelqu’un, il l’a mordu, botté, boxé, fait voler, pas souvent encorné… mais c’était très violent », se souvient le manadier.
La rouste dont a été victime Jean-Claude Jourdan, codirecteur du Trophée Taurin Midi Libre – La Provence, le 12 mars 2000, dans la contre-piste de Châteaurenard, est encore dans les mémoires. Pierre Cuillé raconte aussi : « Christian Chomel m’avait fait le plaisir en 1996, avant de quitter les pistes, de venir le raseter à Générac, avec Frédéric Durand. Pythagore était encore très brouillon, et Frédéric s’était fait écraser dans les gradins, la main coincée entre la corne tordue et le frontal ». Pas commode le Quasimodo de la course camarguaise !
Pierre Cuillé pioche au hasard des coupures de presse: « 1999, il s’était "escampé" haut au Grau-du-Roi… Nîmes, une envolée jusqu’au boudin derrière Thierry Félix », le Grau en juin « rentre sa cocarde après douze terribles coups de barrière dont huit avec saut ; une rouste à Christian Garrido en août au Grau et une finale du Pescalune gagnée. Ah ! 2000, la consécration avec le Biòu d’Or et 2001, meilleur taureau de la finale du Trophée des As »; 2002, 2003, 2004 « il rentre ses glands à Mauguio, mais aux Saintes en août, physiquement il marque le pas… Et le 24 octobre 2004, il fait une despedida mémorable avec Tristan à Lunel ».
Ainsi au terme de dix ans de piste, Pythagore acquit le respect dû aux grands cocardiers mais en plus il gagna le cœur des afeciouna. Plus jamais de lui on ne se moqua... témoins les applaudissements qui l’accueillaient dès son entrée en piste. C’est la suprême fierté pour ses propriétaires.
Aujourd’hui, à 19 ans, ce fils de Saintois n’a d’autre souci que de déguster sa luzerne et les granulés de sa "gamate", malgré quelques rhumatismes et surcalcifications vestiges de ses frasques passées.
Ces derniers temps, Renoir s’est refait la santé en sa compagnie et a profité de son régime privilégié. « On ne peut plus le laisser avec les autres taureaux. Ici, il est bien, le pays est sec même l’hiver, l’été il y a de l’ombre. On le respecte et puis ça fait plaisir de l’avoir tout près ».
Dans les grands classeurs de Pierre, Pythagore étale ses victoires et ses trophées mais c’est de l’émotion et même de l’affection qui transparaissent quand le manadier évoque son disgracieux et formidable  barricadier.


Martine ALIAGA
Photos Luc PERO

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