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14/01/2010

MANADE VITOU FRERES

 

FIN 2009 LA TUBERCULOSE A TOUCHÉ LA MANADE DES FRÈRES VITOU QUI ONT DÉCIDÉ D'ABATTRE LEUR CHEPTEL.
RENCONTRE AVEC CES DEUX MANADIERS QUI JOUENT LA TRANSPARENCE ET EXPLIQUENT LEUR CHOIX REFUSANT LE DÉCOURAGEMENT ET MISANT SUR L'AVENIR

DES DÉCISIONS DOULOUREUSES POUR UN NOUVEAU DÉPART
ET BEAUCOUP D'ESPOIR


Vitou2.jpgContraints mais pas forcés, la mort dans l’âme mais l’espoir chevillé au cœur, les manadiers Jean-Pierre et Nicolas Vitou ont pris de radicales décisions pour l’année des 27 ans de leur élevage.
Retour en 2009 : septembre, c’est l’époque des prophylaxies. Et là tout bascule, huit bêtes réagissent positivement dont une qui après analyse se révèle porteuse de lésions dues à la tuberculose. Dans ce cas, deux possibilités, tuer au fur et à mesure les bêtes touchées puis repasser les contrôles jusqu’à assainir, sans pouvoir bien sûr travailler à l’extérieur, ou abattre la totalité du troupeau. En liaison constante avec les Services vétérinaires, après avoir pris conseil auprès des manadiers qui ont pratiqué l’assainissement et devant les contraintes dues à l’abattage partiel, les Vitou sont résolus. Les 130 bêtes partiront à l’abattoir… « La décision n’a pas été facile à prendre, c’est un déchirement, commente Nicolas, voir partir des taureaux de course qu’on a fait naître, les taureaux d’abrivado, les vaches… »

A la manade Vitou sonne l’heure de la réflexion, des remises en cause.  «  On s’est rendu compte qu’entre les courses camarguaises et les spectacles de rue, on devait garder beaucoup de bétail, le travail de sélection des cocardiers en a pâtit, explique Jean-Pierre. On a fait et refait les comptes, repassé le film des saisons, cerné les contraintes et éliminé le travail qui ne nous convient plus ». Et dans la balance, les abrivado pèsent lourds. « Le travail de rue a trop changé. On ne supporte plus ces parcours trop courts et totalement fermés, où les aller-retour se succédent et où finalement, les cavaliers ne prennent plus de plaisir ». Les contraintes financières énormes : entretien des camions, assurances, bétail ; la concurrence de plus en plus grande entre les manades pour une qualité de travail qui se dégrade : « Avant il fallait être bon pour mener les taureaux, maintenant…. » Mais les deux frères ne crachent pas pour autant dans la soupe : « Nous arrêtons les abrivado sans aigreur… C’est personnel, ce travail ne nous convient plus à nous. Même si de temps à autre on participera pour aider d’autres manadiers, tout comme nos amateurs qui resteront avec nous pour la plupart ».

Au Mas Saint-Léonard à Castries, pas question de se décourager. Au contraire. Les projets sont sur les rails. « Nous allons redémarrer. Désormais, nous ne ferons que de la sélection pour la course camarguaise. Et comme on ne veut faire courir que des taureaux nés chez nous, en attendant qu’ils aient l’âge, nous les élèverons. Et ça aussi c’est un plaisir tout comme le travail en pays », affirme Jean-Pierre. « Nous avons  acheté des vaches d’origine Mailhan et d’autres du Joncas avec un étalon. Découvrir les qualités de ces vaches et tester les jeunes taureaux jusqu’à les mener en piste, c’est un travail de patience, de longue haleine, un recentrage des activités pour un bon redémarrage », acquiesce Nicolas.

Un retour aux sources du travail de manadier, l’amélioration des bâtiments de réception du Mas, plus deux jeux d’arènes portatives, voilà les bases du nouveau départ de la manade Vitou. En février, il y aura à nouveau des biou au Mas Saint-Léonard.

Martine ALIAGA
Photo Luc PERO

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