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14/08/2013

MAGAZINE

L’utopie réalisée du Marquis

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Photo faisant partie de l'exposition de Serge Migoule

Folco de Baroncelli-Javon a protégé la Camargue, inventé les codes vestimentaires et le protocole des fêtes gardianes. Défendant toujours les peuples opprimés.

La Camargue lui doit tout... ou presque. Son identité, sa notoriété et son périmètre sanctuarisé. Folco a donné sa vie pour dépasser le rêve. Un héritage moral aujourd’hui maintenu et transmis.

Le gentilhomme, Marquis de Baroncelli-Javon, est un érudit tombé en amour pour la Camargue. Un poète à la conscience politique forte, indigné de la suprématie parisienne et du sort des minorités quelles qu’elles soient. Un intellectuel si proche de sa terre qu’il l’a transcendée. Un amoureux de sa langue provençale qu’il parle et défend de toute son âme.

Né à Aix-en-Provence, Folco partage son enfance et son adolescence entre Avignon, Nîmes et Bouillargues. Les vacances se passent aux Saintes-Maries-de-la-Mer près de sa grand-mère, Madame de Chazelle. Là, au contact des chevaux et des taureaux, il va imaginer la Camargue idéale, portée par une chevalerie combattant pour l’honneur et la gloire de sa région. Faite non plus de gardiens de taureaux, de moutons ou d’ouvriers agricoles mais de gardians, fiers de leurs chevaux, de leur travail et de leur costume. De jeunes filles et femmes, belles dans leurs tenues traditionnelles, exaltées par des fêtes colorées. D’une nation identifiée revendiquant ses origines, ses us et sa langue.

À 20 ans, sa rencontre avec Frédéric Mistral est déterminante. Ensemble, ils vont créer le journal L’Aïoli et Folco va s’inspirer de la fête des Vierges d’Arles pour installer dès 1904, le “Coumitat vierginenco” - prémices de la Nacioun Gardiano -, chargé de la festò vierginenco. Dans le même temps, son idée de revenir à la race originelle des taureaux de Camargue devient évidente. À l’époque, les bêtes sont “croisées” avec du bétail espagnol. Lou Marquès n’aura de cesse de retrouver la pureté au sein de sa manade Santenco qu’il installe sur les terres de Cacharel, puis au Mas de l’Amarée, ensuite au Mas du Simbeù.

Sa verve littéraire et ses prises de position en faveur des minorités lui font côtoyer les intellectuels et les felibre. Avec force et conviction, il va se battre pour améliorer le sort des indiens d’Amérique qu’il découvre au Cirque de Buffalo Bill alors en tournée en Europe. Une grande et longue amitié naîtra entre “Jacob white eyes” et “Ziktala Wasté” (oiseau fidèle, nom donné au Marquis par les indiens). Le sort des vignerons en 1907 l’indigne tout autant. Son passage aux armées (1915) sera marqué de tout son antimilitarisme. En 1921, il est de la levée des Tridents pour défendre la corrida et les courses camarguaises. Plus tard, il s’engage avec la Nacioun Gardiano contre le projet d’assèchement de l’étang de Vaccarès. Il se battra avec les Gitans, il s’opposera à la ligne téléphonique aérienne jusqu’au phare de la Gachole et propose rapidement de protéger la Camargue par un statut approprié (amorce du Parc naturel régional actuel). Il prend aussi fait et cause pour les Républicains lors de la guerre d’Espagne...

Mais la gestion n’est pas l’art premier du poète et les misères pleuvent sur la manade. Malade, le Marquis en sera réduit à s’installer aux Saintes-Maries jusqu’à son décès le 15 décembre 1943.

Le chevalier laisse en héritage ses œuvres littéraires, mais aussi son utopie devenue réalité : une nation gardiane qui, 70 ans après sa disparition, perdure et s’accroît.

MARTINE ALIAGA

maliaga@midilibre.com

L’EXPO

Le trésor de Folco

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Serge Migoule n’aurait jamais pensé, en 2008, se retrouver, cinq ans plus tard, à la tête d’un trésor de 3 000 documents déroulant  tesque de recherche notamment au Palais du Roure, à Avignon, où il a scanné, répertorié, classé des archives et de nombreuses photos.  

La première exposition à Langlade (Gard) s’est enrichie, et aujourd’hui ce sont 940 photos qui sont proposées aux visiteurs. Un voyage chronologique et parfaitement légendé qui permet de suivre Folco tout au long de sa vie. En filigrane, se dessine l’époque fin 

XIXe et début XXe siècles, entre bourgeoisie des villes et petites gens des mas camarguais, les fêtes, les rencontres, les grands personnages et les figures du temps passé.

Après Nîmes, Sommières, Le Cailar dernièrement, et d’autres à venir, c’est la mairie d’Avignon qui, 70 ans après la mort du Marquis, proposera du 24 octobre au 3 novembre, de repartir à la découverte de la vie de cet illustre compatriote. 

Pour tous renseignements sur l'expo : Serge Migoule, 06 50 11 31 91.

* Lire L'intégralité de l'article dans Camargue 'Une terre er une passion", magazine Midi Libre, 2,90 € chez les diffuseurs de presse *

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