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16/07/2014

RENCONTRE AVEC FLORENCE CLAUZEL

Mercredi 16 juilet 2014


Dans le respect de l'histoire et de la tradition familiale

manade saint-antoine,florence clauzel,course camarguaisePeut-­on être une femme à la tête bien pleine, solidement vissée sur les épaules, droite dans ses bottes, sympa et, de surcroît charmante, pour devenir manadière, au point de lâcher une situation professionnelle  confortable pour l'amour des taureaux ? Un prénom Florence, un nom Clauzel, fille de Jean­-Pierre et soeur d'Alexandre de la manade Saint-Antoine. Florence qui après avoir étudié et passer une licence économique dans une école supérieure intègre le groupe BNP Paribas et reste 19 ans dans la capitale. "ça a vraiment été dur moralement, mais ce qui m'a permis de tenir le coup c'est le mas, la Camargue, les taureaux et les chevaux."

En effet entre un week-­end sur deux puis pendant les grandes vacances, Florence retrouvait les terres de sa naissance. "Et chaque fois que je repartais je pleurais.

Alors quel a été le déclic pour sauter la barrière et revenir définitivement au pays?

"Quand l'élevage a été atteint par la tuberculose en 2005­-2006. On avait des primes conséquentes pour faire abattre et pour papa c'était une situation très difficile à vivre, d'autant qu'il était en position de faire valoir ses droits à la retraite." Toutefois pour la famille Clauzel, la manade est une histoire forte et non une question d'argent malgré les primes alléchantes. "J'ai dit il faut assainir, quitte à ce que l'on n'y arrive pas mais au moins, on aura essayé."

Donc Florence, avec tout de même l'accord et le soutien de son mari Hervé, démissionne de la banque, rachète les parts de son père, sans oublier tout de même l'aval et le soutien dans sa démarche de l'associé
de son père et ami de très très longue date Alain Albaric.  "Une situation lourde de conséquence à tous les niveaux, des changements de vie pour tout le monde et j'en serais toujours reconnaissante à Alain"

Et voilà comment du tailleur en talons aiguille, Florence passe sans fioriture du jean et boots pour fouler les terres du delta du Rhône en 4x4 rustique ou à cheval, mais heureuse de ce retour aux sources camarguaises. Pour autant dans ce changement radical, et mûrement réfléchi, ne lui parlez pas d'amazone: "Il ne faut pas rêver, le travail à pied est beaucoup plus dur physiquement que celui à cheval, et il faut se
rendre à l'évidence: Une femme doit obligatoirement travailler avec des hommes sinon elle ne peut pas s'en sortir." Au moins cela a le mérite d'être dit clairement et assumé. Des paroles aux actes.  Florence passe à
l'action, tout en poursuivant la politique de son père. C'est­ à ­dire associer les compétences, s'entourer de personnes de confiance, reconnaître les mérites et le dévouement d'une super équipe d'amateurs. Du coup la manade a, dans un premier temps était assainie, puis dans un deuxième le renouveau est arrivé, des cocardiers commencent à faire parler d'eux. Et là aussi côté sélection, elle ne roule pas seule et parle d'une même voix, celle de la famille: "Je travaille en collaboration avec papa, on a des idées, ensuite on se concerte avec mon frère Alex, qui nous dit oui ou non, au final c'est une décision à trois".

Alors dans cette trilogie reconstituée, où Florence a su indéniablement apporter une touche féminine, mais avec des idées bien arrêtées, soutenue par le paternel, le frangin, et les amateurs, "L'objectif c'est de pouvoir garder le mas et l'élevage. C'est continuer dans l'optique où on travaille dans le respect du taureau et du cheval."

Seul l'avenir le dira mais déjà les signes sont encourageants, même si financièrement c'est sans commune mesure avec la vie parisienne: "Aucun regret parce qu' on a quand même sauvé une race."

Ne serait-­ce que pour ses deux fils Maxime 19ans et Pierre 17ans et le soutien de son mari Hervé, cette femme, qui était partie à contrecoeur en laissant sa place pour la retrouver aujourd'hui après un exil loin des siens,  force le respect non?

PATRICK PONS

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