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03/07/2017

DECES DE LOUIS NICOLLIN

Lundi 3 juillet - Témoignage

"Il m'appelait Rouquette"

NICOLLINROUQUETTEPHMALI.jpg

Le manadier melgorien de la devise "sang et or"
était très proche de Louis.

Alors que les hommages, minutes de silence ou d’applaudissements, se succèdent dans les arènes de la zone taurine, et qu’au Mas Saint Gabriel, Colette et ses enfants reçoivent les condoléances de centaines et centaines d’orphelins de Loulou, les témoignages de gens de bouvine dessinent le portrait de Louis Nicollin, manadier atypique, tombé en amour pour la Camargue.
Parmi les plus proches, le manadier Georges Rouquette est certainement celui qui avait tissé les liens les plus affectifs avec Louis.
Profondément ému par son décès, Georges Rouquette remonte le fil de ses souvenirs. « J’avais 19 ans et lui 20 quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois. J’avais des juments à côté de sa décharge à Maurin, et je n’avais plus d’eau. Alors je suis monté au Marché du Haut à Montpellier, où il travaillait. Il était derrière une benne, je lui ai expliqué... Alors, avec son accent lyonnais, il m’a dit « Viens on va boire un coup et je te remplirai les abreuvoirs tous les vendredis ». Notre amitié a démarré là. Il m’appelait Rouquette... Pas Georges... Et moi je lui disais Louis.
Un jour dans son bureau, il me lance « Rouquette, j’aime ces bêtes noires comme les tiennes, j’en veux ». Alors je lui a donné des vaches. Je lui en fait cadeau. Il a aussi pris des Cuillé et des Laurent. Puis il a voulu rentrer à l’association des manadiers. Là c’était plus compliqué. J’ai fait appel à Claude Saumade et à Henri Laurent, et il est devenu manadier. C’était en 1987, il créait Saint-Gabriel. Quand on lui a abattu sa manade (en 2006 lors de la crise de la tuberculose, NDLR), il me disait « Toi aussi tu vas y faire, on a la même race ». C’est ce qui s’est passé. J’ai perdu mes bêtes, alors il m’a poussé « Il faut que tu repartes. Moi je vais t’aider pour le fourrage, les camions... et on va appeler Henri Laurent ». Et j’ai redémarré. Sans Laurent et Nicollin, je n’aurais plus de taureaux.
Louis, il était direct, sans détour et nous avons passé des moments inoubliables, il aimait bien me chambrer. Ça pétait parfois, il avait des colères monstrueuses, mais avec moi, ça durait jamais longtemps. Il était mon frère spirituel, ma famille. C’était un grand bonhomme, on n’en retrouvera pas un comme lui demain. Je crois que la Camargue n’a pas su l’accueillir comme elle aurait dû, certaines personnes ne l’appréciaient pas à sa juste valeur. Il avait un cœur énorme et il aimait ses taureaux. Son Virat (Biòu d’Or 2002 et 2004), c’était une adoration !
Je pense, j’espère que tout ce qu’il a fait va continuer, je fais confiance à Colette, son épouse, et à ses enfants car le bâtisseur est mort mais le temple est bâti».


PROPOS RECUEILLIS
PAR MARTINE ALIAGA

Jacques Blatière (manadier) : « On s'appréciait sans trop se le dire, même si on ne se voyait pas tous les jours. Mais il a eu un geste que je n'oublierai jamais, en 2004 lors des inondations, il a décidé sur le champ d'accueillir mes 300 bêtes à la Tour d'Anglas. Si j'ai encore des taureaux c'est grâce à lui. Je ne savais pas trop comment le remercier, il m'a dit ne t'inquiète pas, je sais que tu aurais fait pareil pour moi. Nous nous sommes reçus quelques fois, dans l'intimité, pour des moments de grand plaisir. Il avait la gouaille, son franc-parler mais on l'aimait comme ça. C'était un homme de grande générosité, pas qu'en argent, mais en chaleur humaine, en noblesse de coeur... Son décès m'attriste, il laisse des regrets et des souvenirs, des moments d'estrambord inoubliables...»

Aimé Hugon (Commission du Trophée Taurin Midi Libre – La Provence) : « ça été chaud avec le Trophée à plusieurs reprises, sous le coup de déceptions, Louis Nicollin pouvait parler fort. Mais le 2e Biou d'Or de Virat lui avait fait tellement plaisir. Même s'il avait eu un peu peur d'être sifflé à Nîmes pour la finale, finalement cela s'était bien passé. Et puis j'ai toujours pensé que Jean Lafont avait bien fait de lui vendre sa manade. Lui seul pouvait conserver le sang historique des « rouge et vert ». Il était impatient d'avoir des résultats, je me souviens au lendemain d'une finale de l'Avenir à Lunel, où il était en colère après la mauvaise prestation de son taureau, je lui avais dit « Les taureaux ils font ce qu'ils veulent, quand ils veulent, c'est pas une science exacte.. ». C'était un personnage immense. J'espère que la famille va continuer... Jeoffrey (Barbeyrac, en charge des cocardiers) va faire le lien».

GOYA1.jpgHenri Laurent (manadier) : «Nous nous téléphonions souvent, encore mercredi dernier, on avait des projets... C'était un type extraordinaire. Mon premier contact avec lui c'était pour lui vendre quelques vaches pour son mas à côté de Lyon, ça date pas d'hier. Puis je lui ai prêté des étalons... Il en a toujours été très reconnaissant. Un jour, en tant que président des manadiers, je voulais rencontrer le ministre de l'Agriculture de l'époque, et on ne savait pas trop comment organiser tout ça. Quand il l'a su, il nous a mis à disposition son avion, Jean-Claude Lemoult qui s'occupait de l'entreprise à Paris nous a complètement pris en charge, déplacements, visite au ministre et restaurant compris.

Son décès c'est une perte pour Montpellier, pour la région, pour tout le monde. C'était un personnage atypique mais connu de tous, capable de venir en aide à de nombreuses personnes. Au début, avec les taureaux, il était impatient, déçu de ne pas avoir de résutats, il a appris la patience... Ses aménagements de Saint-Gabriel et du Mas d'Anglas sont magnifiques et nous espérons que tout ça va se perpétuer. C'était un bon ami, même les géants s'en vont, c'est triste».

2017HADRIENPOUJOLPHOTO MALI.jpgHadrien Poujol : «En tant que président de la Fédération, j'ai une pensée pour sa femme et ses fils qui traversent une terrible épreuve. La course camarguaise perd une figure importante de son milieu. Nous lui devons la continuité de la race Granon, Lafont puis Nicollin, depuis 20 ans. Seul un homme de sa trempe pouvait faire perdurer un tel élevage. Je n'oublie pas non plus la manade Saint-Gabriel qui a brillé dans les années 2000. 

Ce qui était incroyable chez Louis Nicollin, c'est le profond respect qu'il avait pour les raseteurs qu'il a souvent aidés, les relations amicales avec les différents clubs taurins fidèles à la manade, mais aussi une relation très proche avec ses gardians et Jeoffrey (Barbeyrac). Une page se tourne et quelle page ! Adessias Monsieur Nicollin».

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Les obsèques de Louis Nicollin se dérouleront mardi 4 juillet, à la cathédrale Saint-Pierre de Montpellier. L’inhumation aura lieu à Marsillargues dans l’intimitié familiale.
Lire d’autres témoignages sur Internet, Bouvine en ligue, http://coursecamarguaise.midiblogs.com

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