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28/09/2018

FONTVIEILLE * JUBILE*

Vendredi 28 septembre 2018

BENJAMIN VILLARD
 LES ADIEUX D’UN COMBATTANT

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Photo Hervé Bernon

À 33 ans, le raseteur a décidé, non pas sans difficulté, de raccrocher sa tenue blanche. Rencontre avec un homme de piste discret mais déterminé aux valeurs fortes.

Raconte-nous tes débuts, ton parcours avec les taureaux

Benjamin Villard : Mon père faisait partie du CT de Fourques donc je baignais déjà dans les taureaux tout gamin. Un jour lors d’une ferrade, j’ai fait mon premier raset dans un bouvau et j’ai attrapé la « fe di biou ». Ce fut immédiatement instinctif et j’ai souhaité m‘inscrire à l’école taurine. Je suis entrée à celle d’Arles sous la houlette de G. Rado. Malgré une première « rouste » j’y suis retourné et ça ne m’a plus jamais quitté. Je suis montée à 16 ans en protection, à 17 ans j’étais au Trophée de l’Avenir avant de le gagner l’année d’après à Beaucaire et de passer aux As en 2005 aux côtés de tous les « grands » déjà présents. 2007 fut mon année millésime, celle où rien ne pouvait m’arriver : j’étais premier du Trophée des As la veille de la Cocarde d’Or avec de l’avance, mais Gastounet (St Pierre), que je connaissais par cœur, m’a surpris et s’est envolé derrière moi, me cassant la jambe à Chateaurenard. Ce fut un gros coup au moral… Ma carrière s’est éteinte en 2012 suite à une grave blessure au genou. Depuis que je suis revenu, je suis l’ombre de moi-même. J’aurais aimé raseter plus longtemps mais mon corps me dit stop et il m’a fallu trouver le courage de prendre cette décision. Aujourd’hui, j’ai fait le deuil.

Quels sont les temps forts de ta carrière, les meilleurs souvenirs ?

Ma blessure avec Gastounet m’a beaucoup bouleversé. Mais j’ai réalisé mon rêve avec ma victoire à la Cocarde d’Or 2010. Cela faisait des années qu’un Arlésien ne l’avait pas fait et j’ai pu inscrire mon nom sur les pierres.

Et cette Palme d’Or 2009 ?

Je la perds au bénéfice des cocardes. Je suis allé chercher mon prix en pleurant tellement ma déception était énorme. Mais le soutien du public était indescriptible, la terrasse du Chalet des Sports m’ovationnait après la course et j’en ai encore des frissons.

Quel est ton pire souvenir ?

Une guerre insensée s’était faite autour du Trophée des As, une mentalité qui n’a pas lieu d’être, au lieu d’aller raseter, on partait à la guerre aux points. J’ai à regret également les grandes Arènes qui m’ont laissé tomber quand j’étais en difficulté. Il faut raseter pour soi et exister à travers le public.

Quels sont les taureaux qui t’ont marqué ?

Ceux qui sont sur l’affiche de mon jubilé. C’est eux qui m’ont permit d’être raseteur, de m’exprimer, car il faisait la sélection et je pouvais donc me démarquer grâce à eux. C’est le problème à l’heure actuelle, les raseteurs ne cherchent pas à être différents, il faut savoir raseter la ou les autres ne vont pas, être prêt à se faire mal, c’est un choix.

VILLARD2PHBERNON.jpgTa vie après les taureaux ?

Il a fallu vite rebondir car les taureaux ont été mon métier pendant 15 ans. C’est comme si j’avais perdu le fil conducteur de ma vie. J’ai dû me reconstruire, mes proches m’on beaucoup aidé, j’ai repris un restaurant à Fontvieille avant d’acquérir la brasserie en face des arènes qui m’a permis de penser à autre chose tout en gardant un lien social avec la bouvine. Mon jubilé aura lieu dans mon village de cœur et je vais pouvoir passer plus de temps avec mon fils de 2 ans.

Te retrouverons-nous en tant que tourneur ?

J’ai été trop exigeant avec les miens donc je ne sais pas si je pourrais le supporter en sens inverse (rires). Gilbert Mata est le tourneur de ma carrière, j’avais une totale confiance en lui.

Quelle image penses-tu que l’on gardera de toi ?

J’étais là pour raseter en toute discrétion et en me donnant à chaque course, sans tricher. Respecter les taureaux, les clubs taurins et le public est essentiel. J’ai fait ma carrière pour que le jour de mes adieux, j’ai la récompense d’un public venu nombreux. Alors, j’aurais rempli mon contrat.

Propos recueillis
par ANGELIQUE

* FONTVIEILLE, samedi 29 septembre, 15 h 30, 10 €, CT Fontvieillois, dél. Bressy. Jubilé de Benjamin Villard. En ouverture un taureau emboulé des Baumelles pour les anciens raseteurs. Lautier : CUPIDON - Cuillé : TALENQUERA - Fabre-Mailhan : JOUGAIRE - Chauvet : NOVI - Lou Pantaï : SANTEN - Caillan : CARRILLO - FERDINAND. Raseteurs assurés.

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