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13/07/2007

GOYA

L'exposition "Goya Seigneur de Camargue" à Beaucaire donne l'occasion de dresser le portrait de ce taureau hors du commun dont l'évocation provoque toujours autant d'émotions

 

GOYA LA PASSION INTACTE

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 Ce jour-là, le raseteur Pellegrin avait cogité un stratagème pour leurrer Goya.
Mais, l'imprévisible cocardier réussit à l'attraper.
Résultat un coup de corne mal placé.
Photo Renaud. Collection PERO.

medium_GOYA_DEVISE.jpgGoya. Un nom qui claque comme un sésame pour pénétrer l’univers de ceux qui l’ont élevé, raseté ou applaudi. Plus de quarante ans après sa naissance, ce nom voile les paroles d’émotion et allume des étoiles dans les yeux… La passion est intacte !
Goya de la manade Laurent, Seigneur des Marquises, est à jamais lié au nom de Paul. Et c’est toute une époque qui revit à l’évocation de la carrière exceptionnelle du taureau, de ses premières courses en 1969, sa plus belle année 1973, Bioù d’Or en 1976, dernière saison en 1980 jusqu’au dernier raset en 1981. Une carrière qui a déclenché l’hystérie, tant chez ses supporters inconditionnels que chez ses détracteurs. Et surtout qui a toujours rempli des arènes.
Henri Laurent évoque, parmi tant d’anecdotes : "Quand Goya était prévu à une course, avant que les affiches ne soient imprimées, les réservations étaient complètes. A Beaucaire, en 1974, on a frôlé l’émeute. Une heure avant la course, les portes ont dû être fermées. Des centaines de gens sont restés dehors".
En ces années 1960, où le conservatisme est de mise, "les excentricités de Goya ont défrayé la chronique et ont été autant critiquées que celles des Beatles ou El Cordobès. Les gens à l’époque ne concevaient pas un cocardier qui ne se gardait pas, c’est ce qui a déclenché la polémique d’une partie du public". Quant à la majorité des spectateurs, le vent de liberté qui soufflait en cette période trouva-t-il écho dans le comportement hors norme du taureau ? En quelques années, Goya est devenu leur seigneur, libre et fort.

"Goya était un phénomène! Imprévisible! Indépendant! En plus de maîtriser la piste et la contre piste, il tenait les tourneurs enmedium_GOYATETE.2.jpg respect. Les raseteurs faisaient des plans qu’il déjouait aussitôt (lire les récits des raseteurs, ci-dessous). Mais, il était rasetable et il savait même exploiter les angles».Si la réputation de Goya s’est faite en piste, dans son combat avec les hommes en blanc, ses nombreuses agressions de spectateurs en contre-piste, y ont aussi participé : "Un jour au Grau-du-Roi, il y avait deux personnes en contre piste. Goya passe sans broncher une fois, deux fois puis répond à un raset d’un gaucher mais sur la reprise du droitier, il quitte l’action et saute sur les deux personnes qu’il n’avait pas oubliées".
Habileté diabolique, rapidité déconcertante, insolente facilité, ces images illustrent le tempérament de Goya. Majestueux, indépendant… à part. Un taureau comme aucun autre qui terrorisait raseteurs et public par le danger créé, qui semait la discorde entre les "pour" ou "contre" mais qui fut le héros de tout un peuple. Une star adorée passée maître dans l’art de la dramaturgie mais sachant alléger aussi l’atmosphère par un caractère presque… joueur. Un phénomène qui prenait des postures, se cabrait, se mettait à l’arrêt, les oreilles aux aguets, l’œil à l’affut.
Un taureau inclassable, atypique et dont les frasques ne se limitaient pas aux arènes. Calme à l’encocardement, paisible en pays, pourtant n’en faisant qu’à sa tête. "Les dernières années, il restait aux Marquises, et une fois, pendant quelques jours on ne l’a plus vu. On le cherche partout. Le surlendemain, on le trouve. Il était parti du clos des cocardiers, et se trouvait dans le clos des vaches, là où il était né. En revanche, il avait trouvé une jeune compagne on ne sait où, elle est d’ailleurs restée avec lui jusqu’à la fin, le 31 janvier 1986". Une anecdote de plus pour enrichir la légende.
medium_GOYA_NABLI.jpg"Même moi, trop petit à l’époque pour en juger, j’ai douté de la légende et des qualités de Goya, explique Patrick Laurent. J’ai écouté les aînés pour en arriver à la conclusion qu’il n’était pas seulement un taureau qui sautait, non, il avait des qualités exceptionnelles en piste dont une remarquable, la maîtrise du terrain. Il sortirait maintenant ce serait pareil. Une légende ça ne se construit pas comme çà !".
Une légende qui engendre toujours autant de passion !


Martine ALIAGA

Exposition à Beaucaire jusqu’au 28 juillet "Goya Seigneur de Camargue" (dont les oeuvres illustrent ce portrait). Artistes : Chabanon-Gleizes, Chabanon,  Albecq, Chamand-Bebenest, Scampucci, Nuris, Pfeiffer, Pires, Avesque, Nabli, Boulicot, Sourisseau, Villaret, Viallat, Arpinon, Jullian, Goro, Guili Guili, Marignan, etc).
Ouverte du mardi au samedi de 14 h à 18h, salle des IV Rois, rue du 4septembre. Tél.04 66 59 71 34.

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ILS ONT RASETE GOYA

 

medium_GOYA_RASE_GORO.2.jpgCertains raseteurs ont été ses partenaires privilégiés, cités le plus souvent dans les livres et comptes rendus parus sur Goya : Patrick Castro, évidemment; Norbert Geneste (au début), Jean Jouanet, Daniel Pellegrin, Emile Dumas, Georges Rado, Joël Passemard, Jean-Marie Valat, Frédéric Lopez, Patrice Meneghini, Max Zaragoza, Xavier Ruas, Jacky Siméon, et Christian Chomel…
Mais à Goya, taureau hors du commun, il fallait un raseteur d'exception: ce fut Patrick Castro. Goya – Castro unis par l'ampleur de la polémique qu’ils subissaient et par l'intensité de l’engouement inconditionnel de leurs supporters. Malheureusement, Patrick Castro ne peut plus raconter mais tous ceux qui se sont exprimés ont immédiatement associé Patrick.
Sur Goya, les raseteurs aussi sont intarissables, il leur a fait connaître la peur, quelquefois il les a marqués dans leur chair mais ils lui vouent une admiration sans borne.

Souvenirs de raseteurs (extraits):

EMILE DUMAS (gaucher): « En 1972, lors d'une course à Beaucaire, je suis enfermé sérieusement par Goya. Pensant que je n'arriverais pas à la barrière, je me jette au sol pour passer sous le marchepied, et Goya me voyant par terre, se couche sur moi. C'est la plus grande frayeur de ma vie de raseteur. Le plus marquant chez ce taureau, c'est son énorme intelligence ».

DANIEL PELLEGRIN (droitier): « En 74, pour la deuxième journée de la Palme d'Or – Royale de Laurent avec Goya, bien sûr – après nous être changés au Chalet, nous nous dirigions vers les arènes avec Patrick Castro et là, stupeur>! Un très grand nombre de spectateurs était massé devant les portes, un quart d'heure avant la course, portail fermé. En fait, les arènes étaient combles et les organisateurs avaient fermé le portail. Et pour rentrer dans l'enceinte, les spectateurs nous ont portés par-dessus leurs têtes, à bout de bras. Un moment unique! Une ambiance jamais retrouvée! Un taureau exceptionnel ! »

JEAN JOUANET (gaucher): « Que des beaux souvenirs avec Goya. Mais le plus grand est à Châteaurenard, le taureau n'avait jamais été décocardé depuis le début de la saison, et je lui lève sa cocarde, ses deux glands et coupe le frontal. Pour moi Goya est exceptionnel, le seul qui arrivait à me rendre inquiet une semaine avant sa sortie ».

JOEL PASSEMARD (droitier): « Ce qui m'amedium_GOYA_RASE_2.2.jpg le plus impressionné, c'est sa manière de combattre, son regard. Avec lui, tout était différent en course, c'est lui qui donnait l'impression de te défier. Sa façon de décompter le temps, vers la 14e minute, il commençait à regarder le toril, prêt à rentrer. Sa vélocité et son agilité étaient hors du commun. Mon meilleur souvenir c'est le jour où je lui ai levé sa cocarde à Beaucaire ».

JEAN-MARIE VALAT (gaucher): « La veille de la course, on pensait à Goya jusqu'à en avoir des nausées. La nuit on n'en dormait pas. Quand Goya entrait en piste, il faisait le vide complet, il ne supportait personne ni en piste ni en contre-piste. Intelligent, il repérait ses proies le long des barrières. Seulement quelques raseteurs l'affrontaient, surtout notre chef de file, Patrick Castro. J'ai levé en tout sept attributs à Goya, au meilleur moment de sa carrière. Pour moi, Goya c'est le Seigneur de la Camargue».

PATRICE MENEGHINI (gaucher): « Tout a été dit sur Goya. Il avait tout pour maîtriser le combat, l'intelligence, la vista, la finition et tout le reste… Une chose m'a marqué, c'est à Beaucaire, alors qu'il rate son saut pour aller en contre piste une première fois, il reste cabré en appui sur ses pattes arrière, pour mieux se propulser au-dessus de la barrière. Pour une bête de plus de 400 kg, ce geste athlétique et gracieux me fait encore dresser les poils sur les bras ».


Propos recueillis par L.P. et M.A.
 

24/06/2007

Manade Saint-Gabriel

Après l'abattage de la manade pour cause de tuberculose, Louis Nicollin parle d'avenir

SAINT-GABRIEL N'EST PAS MORT !

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Sur son bureau trône le Bioù d'Or de Virat. Au mur, les garrots portés par son taureau préféré lors des finales du Trophée des As. Louis Nicollin est affecté par l'abattage de la manade Saint-Gabriel mais le battant qu'il est s'enthousiasme toujours pour l'avenir. Si dans ses silences l'émotion est palpable, ses meilleurs mots parlent au futur. Conversation avec ce manadier atypique pour quelques coups de barrière ciblés. Un homme à qui "on ne la fait pas" et dont la perspicacité et l'instinct sont toujours en éveil.

Jusqu’au bout vous vous êtes battu pour sauver de l’abattage la manade Saint-Gabriel touchée par la tuberculose, comment avez-vous vécu cette période?
De les avoir vus partir, ça m'a rendu triste (…). Je pense à ceux qui s’occupent tous les jours des taureaux – comme Luc Lopez (mon gardian) qui est là depuis la création de la manade. C’est terrible. Je souhaite de tout mon cœur que ça n’arrive pas aux vrais manadiers, à ceux qui ne vivent que de ça, C’est terrible… Mais puisqu’on ne peut pas discuter, on ne discute pas…

medium_Nico_6.jpgVous aviez proposé de servir de laboratoire (manade test) de lutte contre la tuberculose. Cela a été refusé. Que s’est-il passé?
Les services vétérinaires, c’est l’Etat, on ne peut pas discuter. On a essayé de sauver la manade. On a eu affaire à des comiques, à des gens qui nous ont promis qu’ils nous sauveraient. Sauf le président de la Fédération française. Henri Itier, c’est le seul qui s’est battu comme une bête! Derrière ça suit pas! Le reste, c’est tous des clowns. Je parle des gens qui t’encouragent, qui te disent ceci, cela. C’est du pipeau. Il y a des gens dans la bouvine qui se prennent au sérieux alors qu’ils ne sont rien! Mais c’est pas grave! La seule chose qui est grave c’est que s’ils nous ont fait tuer, nous… peut-être qu’un jour il n’y aura plus de taureaux camargue. C’est là qu’ils n’ont pas compris.

Avez-vous été surpris par le pourcentage de bêtes atteintes par la tuberculose (plus de 10%)?
Oui, mais je ne suis pas vétérinaire. Saint-Gabriel a été bloqué une seule fois, en 2000, depuis en faisant tuer 60 ou 70 vaches par an, on n’avait jamais eu de problème. Jusqu’à octobre 2006. C’est surprenant!


Les terres doivent-elles être traitées? Pendant combien de temps?
Il faut respecter un vide sanitaire de trois mois. A Saint-Gabriel même, on n’a plus de taureaux depuis plusieurs mois, ils étaient à La Palus. Ils y sont restés jusqu’au bout, début juin.


Quels taureaux resteront dans votre souvenir?
On n’avait pas mis trop de temps à se faire depuis le démarrage en 1987. Il y a eu Intrépide (Bioù de l’Avenir en 2000), Palun, Gigi, Duché (le fameux Ronaldo), qui nous a lancés, Balzac… et les jeunes qui promettaient El Dorado, Enzo, etc. Et il ne faut pas oublier Frégate, la Cocardière d’Or 2006!medium_Nico_5.jpg


Quel avenir pour l’élevage Saint-Gabriel?
L’avenir? On va acheter des taureaux, on va continuer. J’ai vécu sans taureaux une partie de ma vie, mais j’aime bien ces bêtes… et j’aime aussi les chevaux tout blancs. Il y aura toujours des taureaux à Saint-Gabriel. J’ai une autre manade. On peut faire une transfusion. J’ai promis à M.Lafont que je ne vendrais jamais rien de cette manade. Et elle est restée comme elle est depuis. Mais Nicollin-Saint-Gabriel, c’est le même patron, alors au moins on sauvera des bêtes de l’abattoir. Et puis dans les autres manadiers, il y a toujours des amis, heureusement! Y a en qui vont me vendre des bêtes. Des vaches. Dans le style et le caractère de Saint-Gabriel (NDLR: origines Laurent, Rouquette, Cuillé). Le dernier qui possède ce sang-là (Baroncelli), c’est Cuillé. Alors!


La Royale de Nicollin avec Virat sort dimanche à Sommières, serez-vous dans les gradins?
Ça me fait énormément plaisir. Virat, il est pas encore tocard. Peut-être je serai à Sommières, mais surtout j’irai à Beaucaire, pour la Palme d’Or. J’aime Beaucaire. Et puis Virat, c’est sa piste. En plus il sort le même jour que Mathis, ça va être une belle course. Virat, il peut encore créer la surprise…. mais dans trois ou quatre ans, c’est peut-être pour Saint-Gabriel que j’irai chercher un autre Bioù d’Or.

Propos recueillis par Martine ALIAGA
Photos Luc PERO

NOTE : Louis Nicollin est propriétaire de deux manades : la manade "historique" Lafont qu'il a achetée en 1997 et la manade qu'il a créée Saint-Gabriel en 1987. 

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EN APARTE

- Au sujet du Trident d'Or.

Louis Nicollin à Joffrey Barbeyrac:  "Quand va-t on gagner la Gambardella avec Nicollin?". Je me souviens qu'une fois on était allé jusqu'en finale face  à Guillierme. On s'était fait un peu "enfler" mais bah c'était l'anniversaire de Guillierme.
Et cette année ? 

Joffrey : "On a passé le premier tour avec 191 points. On tombe contre Les Baumelles, le 21juillet à Cabannes".

- Au sujet de l'achat de taureaux "prêts à courir".

L. N. : "On va surtout acheter des vaches. Les cocardiers ? Un qui m'intéresserait n'est pas à vendre, c'est Mathis (rires).  Mais celui qui me plaît le plus, même maintenant c'est Camarina. Le jour où il est sorti au Grau-du-Roi, en 2004, (en même temps que Virat), il m'a fait b....."

- Au sujet des travaux au Mas d'Anglas (arènes et salle)

L. N. : "Ce sont les gardians (en particulier, J.-P. Durrieu) qui m'ont fait construire ces arènes. Ah ils sont exigeants ! C'est pour entraîner le Real de Madrid (les futures vedettes de Nicollin). Ce sera inauguré certainement en fin de saison". 

- Au sujet de son titre de manadier

L. N. : "Les gens disent que je n'ai pas les taureaux depuis longtemps. Que j'y connais rien. Mais ils se trompent ! J'ai commencé à avoir des bêtes à Lyon, et aussi, à Maurin. Avec Jacques Bonnier. Mais tout ça ne me rajeunit pas".

 

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11/04/2007

APIS

RIEN QUE POUR VOS YEUX

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Dire qu'il est beau est un euphémisme. Puissant, musclé, superbe, magnifique... les adjectifs manquent. Apis dans toute sa splendeur, dans toute sa force d'étalon, incarnation du taureau Camargue dans sa magique et authentique bestialité. Apis du Brestalou, l'aurochs du XXIe siècle.

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Photos Christian ITIER

10/03/2007

BALADES HIVERNALES

Chez Patrice Brouillet, manade Le Joncas

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                                                         Photos L.Pero
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Aux Cabanes de Romieu, manade Fabre-Mailhan 
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Photos L.Pero
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Pâtures d'hiver des Guillierme
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Photos L.Pero
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02/03/2007

Hubert et Christian Espelly, Guillierme de coeur

Dimanche 4 mars, Aimargues rend hommage à la célèbre manadière Fanfonne Guillierme. Après Jacques et Armand Espelly, l’élevage Guillierme est mené par Christian en attendant peut-être Hubert.
 
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«Je ne me serai peut-être pas autant impliqué dans la manade Guillierme si Hubert, mon fils, n’avait pas, dès son plus jeune âge, été intéressé par les taureaux», constate Christian Espelly, actuel propriétaire de la manade "Azur et or" après son père Jacques et son oncle Armand. De gardians à manadiers, le nom des Espelly est toujours le garant du fer Guillierme, conservant les qualités propres à la race. Flash back.
 
En 1938, Jacques intègre l’élevage, rejoint dès 1944 par son frère Armand et succède en 1949 au gardian René Chabaud. Les deux frères n’ont pas été "que" des gardians. Christian s’en souvient: «Fanfonne était plus que la patronne, elle nous considérait comme sa famille, nous avions avec elle des relations privilégiées». Très vite, Jacques prend sa part de responsabilité dans l’élevage surtout après 1956 où Guillierme se sépare de Grand. Alors la manade s’installe seule sur les terres des grandes cabanes du Vaccarès, de Signoret et du Cailar.

Les cocardiers les plus connus de l’époque ont pour nom Pimpan puis Galapian, qui conquiert le Bioù d’Or en 1968. Les années 70-80 vont être prolifiques avec Fangous, Tegel, Estepous, Desgressaïre, Vidourle, Lou Maï, etc. et déboucher sur l’apothéose de l’année 1983 où Segren, au palmarès déjà prodigieux, offre, à 12ans, son 2e Bioù d’Or à la manadière Fanfonne Guillierme. Après Segren, tué en 1984 par un de ses congénères, la notoriété de l’élevage est installée et de nombreux jeunes cocardiers perpétuent la marque: notamment Bezoucier (1987), Camisard, Lou Goï, Espigau… Plus près de nous L’Enclume, Candelo, Raouba Vesse, L’Oulivastre entretiennent la flamme.
 
medium_GUILLIERME_A_003.2.JPGChristian valorise par la sélection le côté «spectaculaire, un peu fou fou de la marque» et se base toujours sur les qualités des mères: «Je garde les plus exubérantes, les plus folles, celles qui ont le plus de sang… une branche Granon, une branche Baroncelli». Les Guillierme montrent de la vaillance mais parfois trop de facilité. "Petit à petit, ils apprennent à se battre. Mais c’est plus difficile au niveau des As, on peut dire que le dernier "gros client" a été Claudius (1990-95)" . Aujourd’hui, les fleurons de l’élevage portent toujours des noms aussi évocateurs, poétiques et certains affichent en plus la difficulté qui en font des combattants craints. Si Oufanous, par exemple, garde l’impétuosité emblématique des Guillierme, d’autres comme Lou Pounchu, MariPeù, Donovan, Aurochs… font planer le danger et réfléchir les hommes. Bons petits soldats pour la campagne 2007.
 
Quant à Hubert, à 18 ans cette année, il poursuit ses études avec, depuis longtemps, l’envie de devenir vétérinaire et, parallèlement, poursuivre à la manade le travail de ses... grand-père, grand-oncle, père. Hubert, bientôt le quatrième Espelly au cœur de l’élevage Guillierme?
 
Photos: Luc PERO

10/02/2006

MANADE LAURENT : HOMMAGE A TIGRE

TIGRE, RESTAURE, TRONE
A NOUVEAU AU MUSEE DE MARSILLARGUES

 

f7d1ffe0f20601adde368346c51ff18e.jpgUne des qualités des gens de bouvine est leur extraordinaire attachement  au passé. Ils ont aimé des taureaux, des raseteurs, des manadiers… et leur fidélité à leur égard ne se dément pas avec les années. Au contraire, les souvenirs patinés par les ans, enjolivés par les légendes qui se créent, nimbés du halo de la mémoire sélective, s'entretiennent, se cultivent et se transmettent.

A Marsillargues, les Amis du Musée, depuis 1949, recueillent patiemment les témoignages de la vie et de l'art populaires, petits et grands. Une salle y est dédiée à  la  culture du taureau. Costumes, tableaux, affiches, outils, etc. Et dans ce cocon, végétait le grand cocardier Tigre de la manade Laurent, empaillé, après sa mort en 1974, par Marcel Guillermet et Maurice Brioude.

Une des chevilles ouvrières des Amis du Musée, Noël Daniele (ancien raseteur, tourneur, ex-président des Amis du Musée), préoccupé du vieillissement de l'animal a remué ciel et terre pour le sauver.

7e34dadb30c752b24c2d07198f13a225.jpgEt ces jours-ci, Tigre a été pris en main, notamment par Luc Mézy, ancien raseteur, taxidermiste. Le spécialiste a nettoyé, rapetassé, remis des poils, de la couleur, rajeunit le regard, les naseaux, raffermi le socle, consolidé les sabots. Le fier cocardier, Bioù d'Or en 1959 et 1960, encocardé et porteur de sa devise - blanc, rouge et vert – avec ses bannes impressionnantes, est prêt, à nouveau, à défier le temps.

Noël Daniele caresse avec émotion le robe grise de Tigre : "C'était un grand cocardier, on ne pouvait le laisser mourir à nouveau sans rien faire".

Les grands cocardiers ne meurent jamais – dit-on – et ce sera vrai tant qu'il y aura des hommes pour conserver leur mémoire et transmettre leur fe.


*Le Musée est ouvert le mercredi de 15 h à 18 h, 2 euros gratuit pour les enfants.

  

TIGRE : SA VIE, SA CARRIERE

Il naît en avril 1952 aux Marquises, d'une vache d'origine Baroncellienne Joliette. C'est un des grands descendants de Vovo. Il débute en piste au Cailar en juillet 1955. En 1956, 1957 et surtout 1958, ses prestations à Remoulins, au Cailar, Orange, Bellegarde le font remarquer. Ses enfermées puissantes et ses grandes envolées au-dessus des barrières en font un fer de lance de la manale Laurent.

Les raseteurs associés à son nom sont des figures : Falomir, Soler, Pascal, Canto, San Juan.

1959 est l'année de sa consécration. Il court à Lunel, Châteaurenard, Arles, Beaucaire. Il est élu Bioù d'Or à Arles. 1960 sera aussi triomphale : Arles, Nîmes, Mouriès et le titre à Nîmes. Il court avec la Royale composée de Trompeur, Rascaillon, Bechet, Caraque, Teflon. En 62 et 63, il fait encore partie de la grande Royale avec Pascalon, Ramoneur, Bechet, Pirate, Caraque. Il terminera sa carrière en 1964 à Nïmes.

Tigre vivra tranquille dans les prés des Marquises jusqu'en 1974, sa robe devenant gris-blanc au fil des années.

 

 Martine ALIAGA

Photos Luc PERO 

*Sources :" Le Taureau de Camargue" de René Baranger.