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22/01/2008

MANADE DU BRESTALOU

PROMENADE HIVERNALE

DANS L'INTIMITE DE MONTVERT
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Des bois préservés, un calme reposant, des clôtures et un jeu de portails, nous voilà sur les terres de Montvert. "On va y aller doucement, précise Henri Gibert, ils n'ont pas l'habitude de voir du monde et si ça ne leur plaît pas ils vont rester planqués". Et effectivement, à l'approche du 4x4 pourtant chargé de foin de Crau, les ombres noires se dessinent entre les arbres mais aucune ne bouge. Têtes droites, oreilles aux aguets, cornes haut perchées suivent attentivement le parcours des intrus sur leur terre. Point de crainte, pas de fuite effrayée, non ! Mais dans leur attitude altière, presque orgueilleuse, ils nous font vite comprendre que la décision de se laisser approcher leur appartient et qu'il va falloir être patient. On s'éclipse discrètement pour visiter les quatre simbeù qui eux, confiants, reçoivent leur nourriture avec appétit. "Ils sont  choyés autant que les cocardiers, un bon simbeù vaut bien trois cavaliers…", explique Henri Gibert.

La planque reprend, le foin est distribué plus loin en attendant le bon vouloir des cocardiers. L'appât fonctionne et arrivent  doucement Apis, Veneur, Raboliot, Mazel, Typhon, le 404 (Phoenix) et… toujours sur ses gardes, Montvert. 643342845414e5933a1eac62756b3552.jpg"Apis (magnifique dans son poil d'hiver) c'est la force tranquille. En pays, il s'impose sans forcer. Mazel, lui, est plus bagarreur, Veneur c'est le plus cool. Montvert est à part". Décidément l'énigme brestalienne tire de l'ordinaire que ce soit en piste ou en pays. "Ici, on n'est pas trop cavaliers, on trie assez souvent à pied, comme les bergers. Montvert, il se trie tout seul. Une fois dans le char, un enfant pourrait l'encocarder. Sa pression monte dans le toril, il sait qu'il va courir", raconte fièrement le manadier.

"Montvert c'est la réussite de la stricte sélection que nous poursuivons, poursuit celui qui a débuté chez Janin et Fabre-Mailhan et qui a beaucoup appris aux côtés du gardian Jean Biesse. Nous n'avons pas beaucoup de têtes, c'est voulu. Nous connaissons nos possibilités financières, et notre seule passion est de faire naître des cocardiers pour la course camarguaise. Chaque lot de vaches attribué à tel ou tel étalon est élaboré suivant les qualités respectives de chacune et chacun. Quitte à n'avoir que quelques veaux dans l'année. La qualité est préférée à la 14f7d3c6e908e6cd13de2dac92d23f62.jpgquantité avec une recherche de taureaux cocardiers ayant  notamment de l'anticipation". C'est une des caractéristiques de la petite manade atypique où la sobriété frôle parfois l'austérité, qui peut se targuer au bout d'une petite vingtaine d'années d'avoir sept cocardiers connus et reconnus. Que l'on aime ou pas la saveur corsée des combats qu'ils proposent, il faut reconnaître que certains de ces redoutables adversaires ne se laissent pas aborder facilement, c'est le moins qu'on puisse dire. Ils suscitent la crainte des raseteurs, l'intérêt du public, la polémique parfois et ont apporté aux couleurs bleu, blanc, noir bien des satisfactions. Et parfois un peu d'amertume due au manque de reconnaissance. Mais les trois associés de la SCEA du Brestalou assument leurs décisions prises en commun après beaucoup de réflexion.

Quoi qu'il en soit l'élevage petit à petit se fait connaître et 2008 s'annonce correct pour la location des taureaux. La Royale sortira à Saint-Chaptes le 12 avril pour remercier  le club taurin de sa confiance depuis le départ et  "aussi pour se faire plaisir", Henri Gibert e998409c42292a7189bb91170a54a0e5.jpgne s'en cache pas il est très fier de proposer une course complète. Montvert démarrera à Arles le 16 mars. Quant à Veneur : "L'an dernier à Beaucaire, il m'a fait comprendre qu'il n'en voulait plus, aussi il ne fera qu'une course ou peut-être deux". Et puis, il y a la relève des 4-5 ans. Il ne sont encore que des numéros pour le grand public, mais les manadiers et le cercle restreint des très proches espèrent beaucoup de Zeus, Pharaon, Diamant, Désert ou Crespin… En revanche pas de trio pour le Trident d'Or : "J'en ai parlé avec Bernard Jimenez, nous n'avons pas de lot pour cette année. Participer pour faire rire, ce n'est pas dans nos habitudes, aussi nous nous abstiendrons en attendant l'année prochaine".

C'est comme ça au Brestalou : sélection draconnienne, suivi à la loupe de chaque tête de bétail, choix très sélectif des pistes et courses autant pour les cocardiers et les jeunes que pour les vaches, respect total des taureaux et passion incommensurable pour la course camarguaise. Quitte à rester un peu en marge, pour ne jamais se renier.

Martine ALIAGA 

Photos Luc PERO 

09/11/2007

MANADE GUILLIERME

Samedi 3 novembre, à Baillargues

HUBERT ADOUBE PAR LE CLAN ESPELLY 

b53f21fb7c5620614c5beee4d4e61784.jpg« Fils ton tour est venu…». Par ces mots, Christian Espelly, en charge de la manade Guillierme, transmet les responsabilités de l’historique élevage à Hubert, 18 ans. « Votre frère est fou d’endosser cette folle passion qui nous brûle tous ici, poursuit-il pour ses deux autres enfants, puis pour Hubert, depuis 87 ans, les anciens ont partagé souffrance et bonheur… à toi maintenant les soucis et les plaisirs ». Dans la salle, les invités ont la "larmette" à l’œil ; sur l’estrade, le mince jeune homme essuie ses yeux mais prend la parole d’une voix assurée : « C’est une grande chance et une lourde responsabilité mais c’est un rêve fabuleux de continuer ce que Mademoiselle Guillierme, Jacques, (NDLR : le grand-père), Armand (le grand-oncle) et Christianfb32e9cd48a87c19557e00b3b9e05ceb.jpg ont construit. Je m’efforcerai de suivre le chemin tracé, d’être loyal et droit ». Tout est dit. Malgré son jeune âge, Hubert a choisi sa voie en toute connaissance de cause et s’il n’est pas encore un homme fait, sous les traits juvéniles un vrai caractère se dessine. De la timidité encore, mais déjà l’intelligence à choisir ses mots, à ne point trop en dire, à écouter beaucoup.

Il reçoit l’héritage d’une famille qui a vécu pleinement mais durement son amour des taureaux. Rentrée gardianou à la 527a316274148f606da5a1ce28c689ee.jpgmanade Grand-Guillierme fondée en 1920, Jacques est le premier Espelly au service de Fanfonne (1938), il est rejoint par Armand (1944). Et dans ces années-là, guerre, après-guerre – le métier de gardian est pour le moins rude. Il fallait avoir un amour démesuré et le cuir bien tanné au temps des troupeaux gardés à bâton planté, isolé de tout et privé du peu de confort que conférait l’époque. Si le métier a bien changé, la récompense reste toujours la même : les taureaux qui portent haut la devise azur et or. Chin Cheï, Galapian, Segren, Estepous, Tegel, Raouba Vesso, aujourd’hui Lou Pounchu, Quilhous… De tout ce travail, de tous ces cocardiers, Hubert est le dépositaire.

Et devant témoins. Pour fêter tout à la fois le départ à la retraite de Christian, la fin de saison, les "fameuses barrières" e67c1b80094e6b8f267ab6e4cb2d0a74.jpgdes arènes, la municipalité de Baillargues et le CT Le Sanglier, après une course des taureaux de Guillierme aux arènes, avaient réuni, samedi dernier les clubs taurins, la FFCC, les amis, les proches pour une fête amicale à l’Espace Vigneron. Jean-Luc Meissonnier, maire de Baillargues, exprimait « l’honneur d’être le témoin d’une transmission de responsabilité entre un père et son fils ». Henri Itier, président de la FFCC, souhaitait « une bonne retraite à Christian et bon vent à Hubert. A 18 ans, c’est important qu’un jeune s’investisse. Il faut du courage… Bravo ! » Quant à Bernard Calatayud, président e23b965fee322c5f6bebe7217c5a4634.jpgdu club taurin, il soulignait : « Une page de la manade Guillierme se tourne mais l’histoire entre cet élevage et le club taurin continue, elle a commencé avec Papotin, Claudius, Lambada ou Raouba Vesso, aujourd’hui c’était la despedida de L’Enclume, en 2008 la jeune génération sera encore à Baillargues ».
Chaudement entouré par les amateurs de la manade, toujours épaulé par Christian, discrètement et tendrement conseillé par sa maman Josée, Hubert peut commencer à tracer sa route. Jacques et Armand sont toujours là et sûr que là-haut Fanfonne lui garde un œil bienveillant.

Martine ALIAGA

 

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18/08/2007

DESPEDIDA DE SCAMANDRE (MAANADE BOCH)

SON DERNIER DUO
AVEC SABRI ALLOUANI

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"Je préfère l'arrêter avant qu'il ne décline" explique le manadier Philippe Boch, la voix enrouée d'émotion. "C'est une page qui se tourne, désormais Scamandre est à la retraite". Vendredi, à Lansargues,  le cocardier Bioù d'Or 2003 a défendu ses attributs pour la dernière fois.

medium_Valen_5x5.jpgUne arène pleine qui se lève pour un taureau, un président de course, Jacques Valentin, qui a du mal à terminer son discours d'hommage retraçant la carrière de l'animal, un Carmen long comme une larme furtive qui s'échappe et descend lentement sur la joue... Scamandre, la tête haute, traverse la piste et rentre une dernière fois au toril sous l'ovation.

Et le public de se rappeler des meilleurs moments qu'il a partagés avec le taureau : ses premières courses en 1993, en école taurine à Vendargues. 1996, 3e aux courses de taù des Saintes-Maries-de-la-Mer. 1997, 2e à la finale des protections. 1998, les premiers trophées. 1999, meilleur taureau de la finale du Trophée de l'Avenir à Châteaurenard. A partir de 2000, Scamandre affirme son caractère de cocardier, coriace, qui sait enfermer l'homme et finir dangereusement aux planches. 2002, première participation à la finale du Trophée des As. Sa plus belle année c'est 2003 où en juillet, il s'impose à la Palme d'Or et en octobre reçoit la consécration suprême, le titre de Bioù d'Or. Mais, blessé au sternum et opéré, il mettra du temps à revenir au plus haut niveau qu'il retrouvera en 2005. 2006, il participe à la finale du Trophée des As confirmant sa réputation de cocardier qu'il faut solliciter dans son terrain en se méfiant de ses terribles conclusions.

Pour son dernier quart-d'heure, l'homme avec qui il a partagé ses plus belles courses, lui a servi avec respect les rasetsmedium_ALCCAM.jpg que le cocardier affectionne. Sabri Allouani, sans tourneur, face à face, l'a capté pour déclencher sa charge et finir avec lui aux planches. Le raseteur a toujours su, face à ce redoutable adversaire défendant rigoureusement son terrain, l'intéresser, le provoquer, plonger dans le berceau des bannes, et dans l'espace restreint qui reste, s'échapper... les redoutables cornes souvent dans son dos. ... Un combat loyal où deux adversaires se combattent durement mais se respectent. Le dernier raset de Sabri, sans crochet, a donné la mesure de la connivence entre l'homme à l'animal. On ne saura jamais ce qu'il se passe dans la tête d'un taureau, mais on jugerait que Scamandre connait et apprécie Sabri.  Le long face à face du raseteur en contre piste et de Scamandre, les yeux fixés sur l'homme en blanc, dans le silence frissonnant des gradins muets, restera un moment rare que chacun emportera dans sa mémoire.  La fin d'un duo exceptionnel ! "Carmen" !

Martine ALIAGA 

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LE DERNIER...
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BONNE RETRAITE TAUREAU !
Photos L. PERO

13/07/2007

GOYA

L'exposition "Goya Seigneur de Camargue" à Beaucaire donne l'occasion de dresser le portrait de ce taureau hors du commun dont l'évocation provoque toujours autant d'émotions

 

GOYA LA PASSION INTACTE

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 Ce jour-là, le raseteur Pellegrin avait cogité un stratagème pour leurrer Goya.
Mais, l'imprévisible cocardier réussit à l'attraper.
Résultat un coup de corne mal placé.
Photo Renaud. Collection PERO.

medium_GOYA_DEVISE.jpgGoya. Un nom qui claque comme un sésame pour pénétrer l’univers de ceux qui l’ont élevé, raseté ou applaudi. Plus de quarante ans après sa naissance, ce nom voile les paroles d’émotion et allume des étoiles dans les yeux… La passion est intacte !
Goya de la manade Laurent, Seigneur des Marquises, est à jamais lié au nom de Paul. Et c’est toute une époque qui revit à l’évocation de la carrière exceptionnelle du taureau, de ses premières courses en 1969, sa plus belle année 1973, Bioù d’Or en 1976, dernière saison en 1980 jusqu’au dernier raset en 1981. Une carrière qui a déclenché l’hystérie, tant chez ses supporters inconditionnels que chez ses détracteurs. Et surtout qui a toujours rempli des arènes.
Henri Laurent évoque, parmi tant d’anecdotes : "Quand Goya était prévu à une course, avant que les affiches ne soient imprimées, les réservations étaient complètes. A Beaucaire, en 1974, on a frôlé l’émeute. Une heure avant la course, les portes ont dû être fermées. Des centaines de gens sont restés dehors".
En ces années 1960, où le conservatisme est de mise, "les excentricités de Goya ont défrayé la chronique et ont été autant critiquées que celles des Beatles ou El Cordobès. Les gens à l’époque ne concevaient pas un cocardier qui ne se gardait pas, c’est ce qui a déclenché la polémique d’une partie du public". Quant à la majorité des spectateurs, le vent de liberté qui soufflait en cette période trouva-t-il écho dans le comportement hors norme du taureau ? En quelques années, Goya est devenu leur seigneur, libre et fort.

"Goya était un phénomène! Imprévisible! Indépendant! En plus de maîtriser la piste et la contre piste, il tenait les tourneurs enmedium_GOYATETE.2.jpg respect. Les raseteurs faisaient des plans qu’il déjouait aussitôt (lire les récits des raseteurs, ci-dessous). Mais, il était rasetable et il savait même exploiter les angles».Si la réputation de Goya s’est faite en piste, dans son combat avec les hommes en blanc, ses nombreuses agressions de spectateurs en contre-piste, y ont aussi participé : "Un jour au Grau-du-Roi, il y avait deux personnes en contre piste. Goya passe sans broncher une fois, deux fois puis répond à un raset d’un gaucher mais sur la reprise du droitier, il quitte l’action et saute sur les deux personnes qu’il n’avait pas oubliées".
Habileté diabolique, rapidité déconcertante, insolente facilité, ces images illustrent le tempérament de Goya. Majestueux, indépendant… à part. Un taureau comme aucun autre qui terrorisait raseteurs et public par le danger créé, qui semait la discorde entre les "pour" ou "contre" mais qui fut le héros de tout un peuple. Une star adorée passée maître dans l’art de la dramaturgie mais sachant alléger aussi l’atmosphère par un caractère presque… joueur. Un phénomène qui prenait des postures, se cabrait, se mettait à l’arrêt, les oreilles aux aguets, l’œil à l’affut.
Un taureau inclassable, atypique et dont les frasques ne se limitaient pas aux arènes. Calme à l’encocardement, paisible en pays, pourtant n’en faisant qu’à sa tête. "Les dernières années, il restait aux Marquises, et une fois, pendant quelques jours on ne l’a plus vu. On le cherche partout. Le surlendemain, on le trouve. Il était parti du clos des cocardiers, et se trouvait dans le clos des vaches, là où il était né. En revanche, il avait trouvé une jeune compagne on ne sait où, elle est d’ailleurs restée avec lui jusqu’à la fin, le 31 janvier 1986". Une anecdote de plus pour enrichir la légende.
medium_GOYA_NABLI.jpg"Même moi, trop petit à l’époque pour en juger, j’ai douté de la légende et des qualités de Goya, explique Patrick Laurent. J’ai écouté les aînés pour en arriver à la conclusion qu’il n’était pas seulement un taureau qui sautait, non, il avait des qualités exceptionnelles en piste dont une remarquable, la maîtrise du terrain. Il sortirait maintenant ce serait pareil. Une légende ça ne se construit pas comme çà !".
Une légende qui engendre toujours autant de passion !


Martine ALIAGA

Exposition à Beaucaire jusqu’au 28 juillet "Goya Seigneur de Camargue" (dont les oeuvres illustrent ce portrait). Artistes : Chabanon-Gleizes, Chabanon,  Albecq, Chamand-Bebenest, Scampucci, Nuris, Pfeiffer, Pires, Avesque, Nabli, Boulicot, Sourisseau, Villaret, Viallat, Arpinon, Jullian, Goro, Guili Guili, Marignan, etc).
Ouverte du mardi au samedi de 14 h à 18h, salle des IV Rois, rue du 4septembre. Tél.04 66 59 71 34.

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ILS ONT RASETE GOYA

 

medium_GOYA_RASE_GORO.2.jpgCertains raseteurs ont été ses partenaires privilégiés, cités le plus souvent dans les livres et comptes rendus parus sur Goya : Patrick Castro, évidemment; Norbert Geneste (au début), Jean Jouanet, Daniel Pellegrin, Emile Dumas, Georges Rado, Joël Passemard, Jean-Marie Valat, Frédéric Lopez, Patrice Meneghini, Max Zaragoza, Xavier Ruas, Jacky Siméon, et Christian Chomel…
Mais à Goya, taureau hors du commun, il fallait un raseteur d'exception: ce fut Patrick Castro. Goya – Castro unis par l'ampleur de la polémique qu’ils subissaient et par l'intensité de l’engouement inconditionnel de leurs supporters. Malheureusement, Patrick Castro ne peut plus raconter mais tous ceux qui se sont exprimés ont immédiatement associé Patrick.
Sur Goya, les raseteurs aussi sont intarissables, il leur a fait connaître la peur, quelquefois il les a marqués dans leur chair mais ils lui vouent une admiration sans borne.

Souvenirs de raseteurs (extraits):

EMILE DUMAS (gaucher): « En 1972, lors d'une course à Beaucaire, je suis enfermé sérieusement par Goya. Pensant que je n'arriverais pas à la barrière, je me jette au sol pour passer sous le marchepied, et Goya me voyant par terre, se couche sur moi. C'est la plus grande frayeur de ma vie de raseteur. Le plus marquant chez ce taureau, c'est son énorme intelligence ».

DANIEL PELLEGRIN (droitier): « En 74, pour la deuxième journée de la Palme d'Or – Royale de Laurent avec Goya, bien sûr – après nous être changés au Chalet, nous nous dirigions vers les arènes avec Patrick Castro et là, stupeur>! Un très grand nombre de spectateurs était massé devant les portes, un quart d'heure avant la course, portail fermé. En fait, les arènes étaient combles et les organisateurs avaient fermé le portail. Et pour rentrer dans l'enceinte, les spectateurs nous ont portés par-dessus leurs têtes, à bout de bras. Un moment unique! Une ambiance jamais retrouvée! Un taureau exceptionnel ! »

JEAN JOUANET (gaucher): « Que des beaux souvenirs avec Goya. Mais le plus grand est à Châteaurenard, le taureau n'avait jamais été décocardé depuis le début de la saison, et je lui lève sa cocarde, ses deux glands et coupe le frontal. Pour moi Goya est exceptionnel, le seul qui arrivait à me rendre inquiet une semaine avant sa sortie ».

JOEL PASSEMARD (droitier): « Ce qui m'amedium_GOYA_RASE_2.2.jpg le plus impressionné, c'est sa manière de combattre, son regard. Avec lui, tout était différent en course, c'est lui qui donnait l'impression de te défier. Sa façon de décompter le temps, vers la 14e minute, il commençait à regarder le toril, prêt à rentrer. Sa vélocité et son agilité étaient hors du commun. Mon meilleur souvenir c'est le jour où je lui ai levé sa cocarde à Beaucaire ».

JEAN-MARIE VALAT (gaucher): « La veille de la course, on pensait à Goya jusqu'à en avoir des nausées. La nuit on n'en dormait pas. Quand Goya entrait en piste, il faisait le vide complet, il ne supportait personne ni en piste ni en contre-piste. Intelligent, il repérait ses proies le long des barrières. Seulement quelques raseteurs l'affrontaient, surtout notre chef de file, Patrick Castro. J'ai levé en tout sept attributs à Goya, au meilleur moment de sa carrière. Pour moi, Goya c'est le Seigneur de la Camargue».

PATRICE MENEGHINI (gaucher): « Tout a été dit sur Goya. Il avait tout pour maîtriser le combat, l'intelligence, la vista, la finition et tout le reste… Une chose m'a marqué, c'est à Beaucaire, alors qu'il rate son saut pour aller en contre piste une première fois, il reste cabré en appui sur ses pattes arrière, pour mieux se propulser au-dessus de la barrière. Pour une bête de plus de 400 kg, ce geste athlétique et gracieux me fait encore dresser les poils sur les bras ».


Propos recueillis par L.P. et M.A.
 

24/06/2007

Manade Saint-Gabriel

Après l'abattage de la manade pour cause de tuberculose, Louis Nicollin parle d'avenir

SAINT-GABRIEL N'EST PAS MORT !

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Sur son bureau trône le Bioù d'Or de Virat. Au mur, les garrots portés par son taureau préféré lors des finales du Trophée des As. Louis Nicollin est affecté par l'abattage de la manade Saint-Gabriel mais le battant qu'il est s'enthousiasme toujours pour l'avenir. Si dans ses silences l'émotion est palpable, ses meilleurs mots parlent au futur. Conversation avec ce manadier atypique pour quelques coups de barrière ciblés. Un homme à qui "on ne la fait pas" et dont la perspicacité et l'instinct sont toujours en éveil.

Jusqu’au bout vous vous êtes battu pour sauver de l’abattage la manade Saint-Gabriel touchée par la tuberculose, comment avez-vous vécu cette période?
De les avoir vus partir, ça m'a rendu triste (…). Je pense à ceux qui s’occupent tous les jours des taureaux – comme Luc Lopez (mon gardian) qui est là depuis la création de la manade. C’est terrible. Je souhaite de tout mon cœur que ça n’arrive pas aux vrais manadiers, à ceux qui ne vivent que de ça, C’est terrible… Mais puisqu’on ne peut pas discuter, on ne discute pas…

medium_Nico_6.jpgVous aviez proposé de servir de laboratoire (manade test) de lutte contre la tuberculose. Cela a été refusé. Que s’est-il passé?
Les services vétérinaires, c’est l’Etat, on ne peut pas discuter. On a essayé de sauver la manade. On a eu affaire à des comiques, à des gens qui nous ont promis qu’ils nous sauveraient. Sauf le président de la Fédération française. Henri Itier, c’est le seul qui s’est battu comme une bête! Derrière ça suit pas! Le reste, c’est tous des clowns. Je parle des gens qui t’encouragent, qui te disent ceci, cela. C’est du pipeau. Il y a des gens dans la bouvine qui se prennent au sérieux alors qu’ils ne sont rien! Mais c’est pas grave! La seule chose qui est grave c’est que s’ils nous ont fait tuer, nous… peut-être qu’un jour il n’y aura plus de taureaux camargue. C’est là qu’ils n’ont pas compris.

Avez-vous été surpris par le pourcentage de bêtes atteintes par la tuberculose (plus de 10%)?
Oui, mais je ne suis pas vétérinaire. Saint-Gabriel a été bloqué une seule fois, en 2000, depuis en faisant tuer 60 ou 70 vaches par an, on n’avait jamais eu de problème. Jusqu’à octobre 2006. C’est surprenant!


Les terres doivent-elles être traitées? Pendant combien de temps?
Il faut respecter un vide sanitaire de trois mois. A Saint-Gabriel même, on n’a plus de taureaux depuis plusieurs mois, ils étaient à La Palus. Ils y sont restés jusqu’au bout, début juin.


Quels taureaux resteront dans votre souvenir?
On n’avait pas mis trop de temps à se faire depuis le démarrage en 1987. Il y a eu Intrépide (Bioù de l’Avenir en 2000), Palun, Gigi, Duché (le fameux Ronaldo), qui nous a lancés, Balzac… et les jeunes qui promettaient El Dorado, Enzo, etc. Et il ne faut pas oublier Frégate, la Cocardière d’Or 2006!medium_Nico_5.jpg


Quel avenir pour l’élevage Saint-Gabriel?
L’avenir? On va acheter des taureaux, on va continuer. J’ai vécu sans taureaux une partie de ma vie, mais j’aime bien ces bêtes… et j’aime aussi les chevaux tout blancs. Il y aura toujours des taureaux à Saint-Gabriel. J’ai une autre manade. On peut faire une transfusion. J’ai promis à M.Lafont que je ne vendrais jamais rien de cette manade. Et elle est restée comme elle est depuis. Mais Nicollin-Saint-Gabriel, c’est le même patron, alors au moins on sauvera des bêtes de l’abattoir. Et puis dans les autres manadiers, il y a toujours des amis, heureusement! Y a en qui vont me vendre des bêtes. Des vaches. Dans le style et le caractère de Saint-Gabriel (NDLR: origines Laurent, Rouquette, Cuillé). Le dernier qui possède ce sang-là (Baroncelli), c’est Cuillé. Alors!


La Royale de Nicollin avec Virat sort dimanche à Sommières, serez-vous dans les gradins?
Ça me fait énormément plaisir. Virat, il est pas encore tocard. Peut-être je serai à Sommières, mais surtout j’irai à Beaucaire, pour la Palme d’Or. J’aime Beaucaire. Et puis Virat, c’est sa piste. En plus il sort le même jour que Mathis, ça va être une belle course. Virat, il peut encore créer la surprise…. mais dans trois ou quatre ans, c’est peut-être pour Saint-Gabriel que j’irai chercher un autre Bioù d’Or.

Propos recueillis par Martine ALIAGA
Photos Luc PERO

NOTE : Louis Nicollin est propriétaire de deux manades : la manade "historique" Lafont qu'il a achetée en 1997 et la manade qu'il a créée Saint-Gabriel en 1987. 

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EN APARTE

- Au sujet du Trident d'Or.

Louis Nicollin à Joffrey Barbeyrac:  "Quand va-t on gagner la Gambardella avec Nicollin?". Je me souviens qu'une fois on était allé jusqu'en finale face  à Guillierme. On s'était fait un peu "enfler" mais bah c'était l'anniversaire de Guillierme.
Et cette année ? 

Joffrey : "On a passé le premier tour avec 191 points. On tombe contre Les Baumelles, le 21juillet à Cabannes".

- Au sujet de l'achat de taureaux "prêts à courir".

L. N. : "On va surtout acheter des vaches. Les cocardiers ? Un qui m'intéresserait n'est pas à vendre, c'est Mathis (rires).  Mais celui qui me plaît le plus, même maintenant c'est Camarina. Le jour où il est sorti au Grau-du-Roi, en 2004, (en même temps que Virat), il m'a fait b....."

- Au sujet des travaux au Mas d'Anglas (arènes et salle)

L. N. : "Ce sont les gardians (en particulier, J.-P. Durrieu) qui m'ont fait construire ces arènes. Ah ils sont exigeants ! C'est pour entraîner le Real de Madrid (les futures vedettes de Nicollin). Ce sera inauguré certainement en fin de saison". 

- Au sujet de son titre de manadier

L. N. : "Les gens disent que je n'ai pas les taureaux depuis longtemps. Que j'y connais rien. Mais ils se trompent ! J'ai commencé à avoir des bêtes à Lyon, et aussi, à Maurin. Avec Jacques Bonnier. Mais tout ça ne me rajeunit pas".

 

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11/04/2007

APIS

RIEN QUE POUR VOS YEUX

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Dire qu'il est beau est un euphémisme. Puissant, musclé, superbe, magnifique... les adjectifs manquent. Apis dans toute sa splendeur, dans toute sa force d'étalon, incarnation du taureau Camargue dans sa magique et authentique bestialité. Apis du Brestalou, l'aurochs du XXIe siècle.

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Photos Christian ITIER

10/03/2007

BALADES HIVERNALES

Chez Patrice Brouillet, manade Le Joncas

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                                                         Photos L.Pero
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Aux Cabanes de Romieu, manade Fabre-Mailhan 
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Photos L.Pero
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Pâtures d'hiver des Guillierme
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Photos L.Pero
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02/03/2007

Hubert et Christian Espelly, Guillierme de coeur

Dimanche 4 mars, Aimargues rend hommage à la célèbre manadière Fanfonne Guillierme. Après Jacques et Armand Espelly, l’élevage Guillierme est mené par Christian en attendant peut-être Hubert.
 
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«Je ne me serai peut-être pas autant impliqué dans la manade Guillierme si Hubert, mon fils, n’avait pas, dès son plus jeune âge, été intéressé par les taureaux», constate Christian Espelly, actuel propriétaire de la manade "Azur et or" après son père Jacques et son oncle Armand. De gardians à manadiers, le nom des Espelly est toujours le garant du fer Guillierme, conservant les qualités propres à la race. Flash back.
 
En 1938, Jacques intègre l’élevage, rejoint dès 1944 par son frère Armand et succède en 1949 au gardian René Chabaud. Les deux frères n’ont pas été "que" des gardians. Christian s’en souvient: «Fanfonne était plus que la patronne, elle nous considérait comme sa famille, nous avions avec elle des relations privilégiées». Très vite, Jacques prend sa part de responsabilité dans l’élevage surtout après 1956 où Guillierme se sépare de Grand. Alors la manade s’installe seule sur les terres des grandes cabanes du Vaccarès, de Signoret et du Cailar.

Les cocardiers les plus connus de l’époque ont pour nom Pimpan puis Galapian, qui conquiert le Bioù d’Or en 1968. Les années 70-80 vont être prolifiques avec Fangous, Tegel, Estepous, Desgressaïre, Vidourle, Lou Maï, etc. et déboucher sur l’apothéose de l’année 1983 où Segren, au palmarès déjà prodigieux, offre, à 12ans, son 2e Bioù d’Or à la manadière Fanfonne Guillierme. Après Segren, tué en 1984 par un de ses congénères, la notoriété de l’élevage est installée et de nombreux jeunes cocardiers perpétuent la marque: notamment Bezoucier (1987), Camisard, Lou Goï, Espigau… Plus près de nous L’Enclume, Candelo, Raouba Vesse, L’Oulivastre entretiennent la flamme.
 
medium_GUILLIERME_A_003.2.JPGChristian valorise par la sélection le côté «spectaculaire, un peu fou fou de la marque» et se base toujours sur les qualités des mères: «Je garde les plus exubérantes, les plus folles, celles qui ont le plus de sang… une branche Granon, une branche Baroncelli». Les Guillierme montrent de la vaillance mais parfois trop de facilité. "Petit à petit, ils apprennent à se battre. Mais c’est plus difficile au niveau des As, on peut dire que le dernier "gros client" a été Claudius (1990-95)" . Aujourd’hui, les fleurons de l’élevage portent toujours des noms aussi évocateurs, poétiques et certains affichent en plus la difficulté qui en font des combattants craints. Si Oufanous, par exemple, garde l’impétuosité emblématique des Guillierme, d’autres comme Lou Pounchu, MariPeù, Donovan, Aurochs… font planer le danger et réfléchir les hommes. Bons petits soldats pour la campagne 2007.
 
Quant à Hubert, à 18 ans cette année, il poursuit ses études avec, depuis longtemps, l’envie de devenir vétérinaire et, parallèlement, poursuivre à la manade le travail de ses... grand-père, grand-oncle, père. Hubert, bientôt le quatrième Espelly au cœur de l’élevage Guillierme?
 
Photos: Luc PERO

10/02/2006

MANADE LAURENT : HOMMAGE A TIGRE

TIGRE, RESTAURE, TRONE
A NOUVEAU AU MUSEE DE MARSILLARGUES

 

f7d1ffe0f20601adde368346c51ff18e.jpgUne des qualités des gens de bouvine est leur extraordinaire attachement  au passé. Ils ont aimé des taureaux, des raseteurs, des manadiers… et leur fidélité à leur égard ne se dément pas avec les années. Au contraire, les souvenirs patinés par les ans, enjolivés par les légendes qui se créent, nimbés du halo de la mémoire sélective, s'entretiennent, se cultivent et se transmettent.

A Marsillargues, les Amis du Musée, depuis 1949, recueillent patiemment les témoignages de la vie et de l'art populaires, petits et grands. Une salle y est dédiée à  la  culture du taureau. Costumes, tableaux, affiches, outils, etc. Et dans ce cocon, végétait le grand cocardier Tigre de la manade Laurent, empaillé, après sa mort en 1974, par Marcel Guillermet et Maurice Brioude.

Une des chevilles ouvrières des Amis du Musée, Noël Daniele (ancien raseteur, tourneur, ex-président des Amis du Musée), préoccupé du vieillissement de l'animal a remué ciel et terre pour le sauver.

7e34dadb30c752b24c2d07198f13a225.jpgEt ces jours-ci, Tigre a été pris en main, notamment par Luc Mézy, ancien raseteur, taxidermiste. Le spécialiste a nettoyé, rapetassé, remis des poils, de la couleur, rajeunit le regard, les naseaux, raffermi le socle, consolidé les sabots. Le fier cocardier, Bioù d'Or en 1959 et 1960, encocardé et porteur de sa devise - blanc, rouge et vert – avec ses bannes impressionnantes, est prêt, à nouveau, à défier le temps.

Noël Daniele caresse avec émotion le robe grise de Tigre : "C'était un grand cocardier, on ne pouvait le laisser mourir à nouveau sans rien faire".

Les grands cocardiers ne meurent jamais – dit-on – et ce sera vrai tant qu'il y aura des hommes pour conserver leur mémoire et transmettre leur fe.


*Le Musée est ouvert le mercredi de 15 h à 18 h, 2 euros gratuit pour les enfants.

  

TIGRE : SA VIE, SA CARRIERE

Il naît en avril 1952 aux Marquises, d'une vache d'origine Baroncellienne Joliette. C'est un des grands descendants de Vovo. Il débute en piste au Cailar en juillet 1955. En 1956, 1957 et surtout 1958, ses prestations à Remoulins, au Cailar, Orange, Bellegarde le font remarquer. Ses enfermées puissantes et ses grandes envolées au-dessus des barrières en font un fer de lance de la manale Laurent.

Les raseteurs associés à son nom sont des figures : Falomir, Soler, Pascal, Canto, San Juan.

1959 est l'année de sa consécration. Il court à Lunel, Châteaurenard, Arles, Beaucaire. Il est élu Bioù d'Or à Arles. 1960 sera aussi triomphale : Arles, Nîmes, Mouriès et le titre à Nîmes. Il court avec la Royale composée de Trompeur, Rascaillon, Bechet, Caraque, Teflon. En 62 et 63, il fait encore partie de la grande Royale avec Pascalon, Ramoneur, Bechet, Pirate, Caraque. Il terminera sa carrière en 1964 à Nïmes.

Tigre vivra tranquille dans les prés des Marquises jusqu'en 1974, sa robe devenant gris-blanc au fil des années.

 

 Martine ALIAGA

Photos Luc PERO 

*Sources :" Le Taureau de Camargue" de René Baranger.