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25/11/2009

ARTISAN

Le peuple des taureaux et des chevaux n'a pas de frontières, c'est pourquoi je vous propose le portrait de Michel-Hervé Lucarotti, homme de cheval, amateur de courses camarguaises, artisan, etc.

L’ÉPERONNIER LUCAROTTI BAT LE FER POUR SAUMUR

lucarotti1.jpg
Mesurer au plus près... pour un rendu unique
Michel Lucarotti prépare les mors des écuyers du carrousel du Cadre Noir

Palefrenier, charron, débardeur, bourrelier, étalonnier, maréchal-ferrant, cocher… Ces métiers liés aux chevaux, longtemps confidentiels voire menacés de disparition pour certains, renaissent aujourd’hui, augmentation du nombre des équidés et valorisation de l’artisanat obligent.
De recherches historiques en savoir-faire oubliés, des artisans ont œuvré jusqu’à l’entêtement pour que ces métiers uniques et garants d’une tradition française ne soient pas perdus. Exemple : l’activité d’éperonnier. Dans les oubliettes depuis le XVIIIe siècle, elle retrouve ses lettres de noblesse entre les mains expertes de Michel-Hervé Lucarotti.


La soixantaine altière, la prestance des gens de chevaux et parfois le verbe haut à l’autorité un peu écrasante, Michel-Hervé Lucarotti rentre aujourd’hui ses griffes et boit du petit lait. Pour lui c’est la consécration. Le prestigieux Cadre Noir de Saumur a requis ses compétences pour repenser l’équipement des chevaux de ses célèbres écuyers. Ainsi l’artisan de Saint-Hilaire-de-Beauvoir se voit confier la conception des mors des cavaliers du carrousel.
Le cheval n’est pas seulement le dada de Michel-Hervé Lucarotti, c’est sa passion, 40 ans de sa vie. Equitation, ferronnerie, orthopédie équestre, artisanat d’art… «Je recherche toujours l’esthétique et la fonction»,  assène-t-il fier de ses différentes "casquettes" dont celle d’éperonnier. C’est-à-dire spécialiste de tout ce qui est à base de fer (on peut y ajouter l’inox, le laiton, le cuivre) dans l’enrênement du cheval: mors, étriers, éperons, caveçons…
Un savoir-faire qui touche à de nombreuses disciplines où l’artisan excelle. Autodidacte certes… mais perfectionniste voire jusqu’au-boutiste. Alors collaborer avec Saumur… « Avec les immortels comme on les appelle, c’est une sacrée reconnaissance».
BLOG3.jpgUne rencontre avec le colonel Jean-Michel Faure, écuyer en chef, en 2007, au Salon du Cheval à Paris, déclenche l’affaire. Galvanisée par l’admiration sans borne du cavalier héraultais pour la référence de l’art équestre français. N’est-il pas adhèrent de l’Association des Amis du Cadre Noir depuis 1986?
Ainsi, de communications téléphoniques en mails, on convient de se retrouver à Saumur. «J’ai découvert une ville superbe où j’ai été reçu comme un roi».
Le Saint-Hilairois en est encore époustouflé. Des discussions entre ces "pointures" de l’équitation – entre autres le maître écuyer Jean-Jacques Boisson, l’écuyer Fabien Godelle ▲ (photo dans les écuries de Saumur) ou les colonels J.-M. Faure et D. Siegwert – découlent l’élaboration des mors en inox à canon de rechange (en cuivre ou en caoutchouc) avec une bossette à tête de gorgone (fabriquée par ailleurs) en laiton qui cache le mécanisme… Voilà pour les spécialistes.
BLOG4.jpgBref, des pièces uniques (►), numérotées et belles comme des œuvres d’art. Du travail d’orfèvre, esthétique et fonctionnel… à la hauteur des exigences de Michel-Hervé Lucarotti. Et du Cadre Noir.
Car de l’adéquation du mors avec la bouche du cheval dépendra en partie la bonne tenue de l’équidé sous la selle. Et, parole de pro: «… Il vaut mieux un cheval qui "boit" son mors et qui "bavarde" qu’un cheval avec une bouche fermée, froide et muette» (extrait du traité d’orthopédie sur les embouchures de M.-H. L.).
Jean-Jacques Boisson, maître écuyer du Cadre Noir, explique: «La rencontre du colonel Jean-Michel Faure et de Michel Lucarotti a été décisive car nous recherchions un artisan de qualité qui pouvait réaliser des embouchures de tradition façonnées avec précision. Des mors inox travaillés sur mesure. Un travail qui réclame l’excellence. Nous avions beaucoup de contraintes, nos idées, nos besoins, Michel Lucarotti nous a amené en plus sa culture et son expérience».
Un savoir-faire d’éperonnier hérité des siècles passés et qui pourrait, si les Arts et métiers reconnaissaient ce travail, reprendre sa place dans les écuries du Saumur. Un dossier en ce sens devrait être déposé par le colonel Siegwart, en charge de l’administration de la grande maison. L’idée étant que l'artisan puisse communiquer son expérience unique et former de futurs spécialistes (▼ Photo : expliquer, démontrer, partager son savoir faire). Le retour des éperonniers à Saumur, encore un rêve et une possibilité de transmission…
BLOG2.jpgTransmettre… cela revient comme un leitmotiv dans la bouche du ferronnier. «J’ai démarré à 14 ans aux côtés de mon grand-père forgeron. Depuis j’engrange les savoirs et personne chez moi pour prendre la suite, regrette-t-il. Alors si le métier d’éperonnier revenait à Saumur, je pourrais passer la main en formant des jeunes».
En attendant graver ses initiales dans les mors du Cadre Noir, voilà de quoi combler cet hyperactif aux multiples centres d’intérêts qui, à l’évocation d’une totale retraite, monte sur ses grands chevaux.



Martine ALIAGA