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05/03/2018

DECES *TOTO BENELLI*

Lundi 5 mars 2018

L'ancien raseteur Toto Betelli est décédé, ses obsèques se dérouleront ce mardi 6 mars. En novembre 2013, l'Association Camarina lui avait remis un prix en tant que plus ancien raseteur beaucairois.

Ci-dessous le texte d'Henri Michon qui lui fut lu ce jour-là.
Bel hommage à l'homme, au raseteur et plongée dans la course libre des années 40, 50.

 

totobenelli.JPGPour l'état civil, c'est Sauveur... Sauveur Betelli, né en 1921. Mais dans le monde de la bouvino et dans son entourage c’est Toto... Tout simplement toto Betelli.

Il nous disait dernièrement : "Je suis le dernier….le dernier des Betelli pour la descendance, sur Beaucaire, le dernier des Toto, le dernier des résistants et le dernier des anciens raseteurs…" Il va sans dire… des raseteurs de la grande époque où les Beaucairois occupaient une place importante dans le milieu taurin, autant par leur nombre que par la qualité de leurs prestations. Dernier de cette époque où les raseteurs comme il nous le rappelait, partaient pour les villages voisins soit à pied, soit à bicyclette, avec quelquefois deux vélos pour trois personnes, chacun son tour charriant le camarade. Et pour les pistes lointaines, ils prenaient le train…

Dernier de cette époque où les raseteurs, les connus, les reconnus, formaient des équipes comme le « Carré d’As », « Les 12 Méridionaux » ou « le Brelan d’As » ce dernier étant composé de Maurice Bonnet, Auguste Ciampi et Toto Betelli. Une référence dans le milieu… Il faut dire que le grand Julien Rey fut pour Toto un modèle, un conseiller, un professeur. Tout comme le grand Jean Boncoeur qui, un jour dans les arènes de Lunel s’adressa au jeune Betelli qui ne s’arrêtait pas de tirer sur les plis de son pantalon et de tirer des plans sur la comète avant de passer les gros taureaux d’Aubanel : il finit par lui dire « Jeune, ou tu passes ou tu restes derrière… » Toto un peu vexé a fini par passer et il a fait la cocarde primée à 1500 F. Cette course restera gravée dans sa mémoire…et pour cause ! A la fin de la course, Boncoeur prit le jeune Beaucairois par la main et ils firent un tour de piste sous les bravos. Le lendemain la presse présentait Toto Betelli comme….l’étoile montante de la course libre.  Il fallait briller devant les copains raseteurs beaucairois et ils étaient nombreux, les Blanchet, Bonnet, Ayglin, Michel, Ramage, Granito, Rey et bien d’autres !

Sa carrière de raseteur ou plutôt son palmarès, n’a pas été à la hauteur de sa passion mais cela n’a pas été de sa faute. Des coups de corne, des ennuis musculaires, une épaule quelque peu fragile, deux cornadas sérieuses dont une au Cailar où il était simple spectateur, et puis voilà qu’il remplace son collègue Ramage qui venait de se faire blesser. Toto s’habille et prend un gros coup de corne dans l’aine, ce qui l’éloignera des pistes un long moment. A Beaucaire c’est le Cinq-Francs d’Aubanel qui lui inflige une grave blessure à la gorge à quelques centimètres de l’artère, une cornada spectaculaire qui aurait pu avoir des conséquences tragiques. Notre valeureux raseteur se remettra de cette grave blessure et repartira de plus belle pour de nouvelles rencontres, de nouveaux défis  avec courage et surtout passion.

Puis il y aura cette période triste de la guerre qui éloignera notre ami des pistes de la région. Comme bon nombre de jeunes gens, il est appelé pour effectuer le Service de Travail Obligatoire en Allemagne. Comme beaucoup de jeunes gens de cette époque, il refusera ce voyage organisé de l’autre côté du Rhin... En gare de Nîmes, il tente une évasion... Il sera repris aussitôt et emprisonné en attendant un nouveau départ.

Quelque temps plus tard, aux alentours de la gare de Manduel, il saute du train, fausse compagnie à ses compagnons d’infortune et rejoint Bellegarde à travers les vignes. Il se réfugie chez des amis. Toto Betelli rentre en Résistance !

Mais la passion des biou demeure intacte. De temps en temps, il ira courir dans des villages voisins sous des noms d’emprunt : Peu Pelus, Lebre ou Bonnet.  Cette malchance qui le poursuit ne l’empêchera pas de vivre intensément sa passion jusqu’à la trentaine bien sonnée…. (En fait jusqu’en 1953).

La Palme d’Or, la Cocarde d’Or, les grandes courses à Lunel, les Saintes-Maries, Nîmes, alterneront avec des courses plus modestes dans toute la planète bouvino et bien au-delà. Avec des organisateurs de spectacles comme notre ancien voisin Jo Durand, il va parcourir la France. De l’Espagne à la Belgique, dans des arènes portatives ou avec le Cirque Bouglione, il fera découvrir aux "Estrangers" l’art taurin sous toutes ses formes au cours de spectacles hispano-provençaux.

Notre ami n’a pas dérogé à la règle qui veut que les raseteurs ont toujours eu des surnoms : tels le Fondu, Le Petit Noir, Pantoufle, Pantouflette, Bechique, La Carpe, la Bête... on en passe et des meilleures. Dans l’entourage des raseteurs de l’époque, Toto Betelli c’était Crespito. Pourquoi ce surnom ? Parce que tous les raseteurs ont un taureau… un taureau avec lequel ils s’entendent bien… Le Crespito de la manade de Montaut-Manse, c’était le biou de Totot : d’où le surnom de « Crespito ».

Voilà ce que l’on pouvait dire entre autre de cet homme qui aujourd’hui à 90 ans, a toujours la passion. Il nous disait, avec le recul du temps et la sagesse de l’âge, qu’il ne regrettait rien de cette époque, qu’il n’avait aucun regret, que la course camarguaise avait de beaux jours devant elle, à condition de ne pas faire n’importe quoi… et on le comprend !

HENRI MICHON

TOTO.JPG

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